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Sébastien Fontenelle

La Position du penseur couché. Répliques à Alain Finkielkraut

Anatomie du délire finkielkrautien
dimanche 25 février 2007

Un livre de Sébastien Fontenelle, qui dissèque la pensée nauséabonde d’Alain Finkielkraut, figure emblématique de ces penseurs médiatiques, nouveaux chiens de garde de la nouvelle droite, en passe de prendre le pouvoir en France. Un livre indispensable.

Anatomie du délire finkielkrautien

La Position du penseur couché. Répliques à Alain Finkielkraut

Un livre de Sébastien Fontenelle, qui dissèque la pensée nauséabonde d’Alain Finkielkraut, figure emblématique de ces penseurs médiatiques, nouveaux chiens de garde de la nouvelle droite, en passe de prendre le pouvoir en France. Un livre indispensable.

Voici un extrait :

C’est au mois de novembre 2003, que Finkielkraut publie en effet chez Gallimard un bref essai conjoncturel d’une grosse trentaine de pages, complètement délirant : Au nom de l’Autre. Réflexions sur l’antisémitisme qui vient.

La quatrième de couverture mentionne pour appâter le chaland (c’est à cela que servent toujours les quatrièmes de couverture ), quelques-unes de ces réflexions. « Il faut du courage pour porter une kippa dans ces lieux féroces qu’on appelle cités sensibles et dans le métro parisien ; le sionisme est criminalisé par toujours plus d’intellectuels, l’enseignement de la Shoah se révèle impossible à l’instant même où il devient obligatoire, la découverte de l’Antiquité livre les hébreux au chahut des enfants, l’injure "sale juif" a fait sa réapparition (en verlan) dans presque toutes les cours ‘école, les juifs ont le cœur lourd et, pour la première fois depuis la guerre, ils ont peur. »

Il y a, dans ces quelques lignes, beaucoup d’outrances, quelque peu dérangeantes – car l’antisémitisme est en France, et en ce début du millénaire, une réalité si durable, et (partant) si préoccupante, qu’il faudrait la dénoncer pour ce qu’elle est vraiment, plutôt pour ce qu’elle devient dans les fantasmes d’une poignée de pseudo-penseurs médiatiques.

Mais Finkielkraut préfère, comme toujours, l’enflure à la mesure, et pour tout dire, le mensonge à la réalité : la réalité, nous l’avons déjà plusieurs fois vérifié, n’entre jamais dans ces « raisonnements », et même l’antisémitisme, dans son effacement général des pudeurs, doit se plier à ses divagations…

Son essai, à vrai dire, vaut surtout pour ce qu’il nous apprend de l’état d’esprit de son auteur, un an et demi après le choc électoral du 21 avril 2002 – un an et demi après les gigantesques manifestations qui ont réuni dans la rue, contre l’extrême droite, plusieurs millions de Françai(se)s.

Le philosophe écrit : « Lorsque le 21 avril 2002, à la stupéfaction générale, Le Pen, candidat du Front national, a battu Jospin, le candidat socialiste, et s’est retrouvé qualifié pour le second tour des élections présidentielles », celles et ceux que cette présence de Le Pen au second tour insupportait « sont descendus dans la rue, révoltés mais radieux et fiers d’être ponctuels au rendez vous que leur avait fixé la Bête, contrairement aux générations antérieures insouciantes, apaisantes, accommodantes et, pour finir, consentantes. »

On se dit, à lire cela, dont j’ai souligné en italique le passage le plus odieux, que c’est l’œuvre d’un provocateur.

Mais Finkielkraut, ayant ouvert la porte à toutes les fenêtres, enfonce le clou : « Le 1er mai [2002], des centaines de milliers d’enfants, d’adolescents, d’adultes de toutes origines et de toutes appartenances ont défilé à Paris comme en province, dans un étrange climat de plénitude antifasciste […]. Une gravité festive illuminait tous les visages : leur sourire innombrable était celui de la vie soudain allégée, par la lutte, de la banalité des jours, et celui de la supériorité morale des hommes du passé. Nous répondrons présents, disait ce sourire. Nous n’allons pas nous laisser faire. Maurras et Pétain n’ont qu’à bien se tenir : nous sommes le sursaut multicolore de la République en danger. […] Cinq jours plus tard, les urnes terrassaient la Bête, la France hybride dérouillait l’hydre franchouillarde et le sourire de la protestation est devenu sourire de satisfaction. »

Dans l’esprit de notre fin penseur, les manifestants qui marchent contre l’extrême droite entre les deux tours de la présidentielle 2002 sont donc au fond d’eux-mêmes, et contrairement à ce que proclament leurs cris et banderoles, positivement ravis de ce qui arrive alors à leur pays.

Ils sont, disons le mot, un peu cons, en même temps qu’un peu dissimulateurs (donc fourbes), puisqu’ils ne disent mot, lorsqu’ils défilent, de leur joie festive, au soir du premier tour, lorsqu’ils ont découvert Jospin (ce pitre) battu par Le Pen.

Finkielkraut rétablit donc, face au « réel » (comme disait son amie Élisabeth Lévy) sa vérité : si tous ces débiles manifestent, ce n’est pas tant contre le fascisme, que pour se divertir de la « banalité des jours ». C’était ça, ou le ciné. La manif ou le dernier Bruce Willis. Les gens sont futiles.

Notre intellectuel, donc, raille délibérément les Françai(se)s qui ont battu le pavé contre l’extrême droite. Je n’insiste pas : la moquerie est perceptible au détour de chacune des phrases, on devine qu’il s’en st fallu de peu qu’elle ne devienne ouvertement insultante.

Au passage, il prête aux manifestants, qui n’en peuvent mais, une intention, plus ou moins consciente, plus ou moins assumée donc, d’en découdre avec leurs aînés. De se venger de leurs parents qui n’auraient, à leur yeux, c’est du moins ce que notre philosophe imagine, pas suffisamment lutté contre le racisme et/ou le fascisme. Il néglige, ce faisant, pour mieux asseoir sa démonstration dont nous allons découvrir la nauséabonde finalité, un tout petit, un minuscule détail : c’est la première fois, depuis « la fin de guerre », que l’extrême droite se retrouve au second tour d’une élection présidentielle . L’Histoire étant ce qu’elle est, on peut concevoir que cela ait suscité quelque émotion – car il est arrivé, n’en déplaise à notre ironiste, que le fascisme, au sortir des urnes prennes des allures de mésaventures collective.

Mais la réalité, nous ne cessons de le vérifier, ne retient jamais notre fin psychologue : ce penseur-là ne s’adapte pas au réel, c’est le réel, décidément, qui doit, fût-ce au forceps, entrer dans sa pensée.

Cette pensée dans les pages dont nous parlons ici, peut, il faut le répéter, se résumer comme suit : les gens qui ont manifesté en 2002 n’étaient pas des citoyens conscients d’une grave anomalie et sincèrement inquiets de leur(s) avenir individuel(s) et collectif, que de primesautiers fêtards surtout désireux, avant que de lutter contre le pire, de se divertir de l’affligeante monotonie de leurs vies.

En somme je le répète : des connards ludiques.

Retenons bien cette première caractéristique des antiracistes selon Finkielkraut, profitons s’il vous plait de ce moment de grâce où ils ne sont encore que des imbéciles heureux : bientôt nous les découvrirons aussi xénophobes, tant qu’à faire. (Pourquoi se gêner ?) Relevons aussi, car ce n’est pas du tout négligeable, que le philosophe, au passage, relativise le danger que l’extrême droite représente, dans nos esprits un peu simples, pour la démocratie. Contre de vrais périls, en effet, on ne défile pas dans la joie. Celui-ci est donc négligeable, puisqu’il inspire aussi quelque chose comme une euphorie : nous allons du reste en avoir très vite confirmation. Trop vite, à vrai dire.

Finkielkraut, en effet, livre finalement le fond de sa pensée, et ce faisant touche le fond, à la page 20 de ses Réflexions sur l’antisémitisme qui vient. Il n’était que déplaisant, dans son appréhension de ce qui motivait les marcheurs antiracistes du 1er mai 2002 : il devient hélas, tout de suite après, franchement odieux.

« Ayant évidemment voté avec la majorité républicaine, je partage son consentement », écrit-il d’abord. Voilà qui est rassurant. Mais ne pas s’y fier : la suite est moins réjouissante, qui vient, d’une certaine manière, contredire cette belle assurance. « Comme la foule des réfractaires, poursuit notre philosophe, je suis soulagé et je savoure le triomphe des gens sympas sur les gens obtus, sans toutefois entrer dans la danse car ce sont les danseurs qui font aujourd’hui la vie dure aux juifs. »

Il convient, une fois de plus, de répéter lentement ces mots, pour bien s’en imprégner. Pour bien mesurer ce qu’ils signifient.

Relisez lentement, s’il vous plait, cette proposition qui désormais fonde « la pensée » d’Alain Finkielkraut et de ses amis de la nouvelle droite : « Ce sont les danseurs », donc les gens qui ont manifesté en mai 2002 contre la racisme, « ceux qui font aujourd’hui la vie dure aux juifs. »

Donc les antiracistes ne sont pas seulement ces débiles de compétition dont le combat serait surtout destiné, on l’a vu, à les divertir de la morose banalité de leurs pauvres existences.

Ils seraient, aussi, antisémites. Puisqu’ils « font la vie dure aux juifs ».

Ils seraient porteurs de ce que notre penseur appelle (c’est rappelez-vous, le titre de son essai) « l’antisémitisme qui vient » - et qui est, signalons-le dès à présent, une sinistre fantasmagorie.

Ils seraient, donc, racistes.

C’est une révélation.

Gros scoop d’un philosophe au mieux de sa forme : les antiracistes sont des racistes. Au temps des faibles d’esprit qui pensaient bêtement que la racisme se trouvait plutôt du côté des racistes, que de celui des antiracistes : sont-ils sots, de s’être laissés prendre à ce raisonnement simpliste. De s’en être tellement laissé conter par la réalité.

Les xénophobes, qu’on se le dise, ne sont pas chez les xénophobes. Ne pas se fier aux apparences, trompeuses.

Comment Finkielkraut arrive t-il à cette conclusion ? c’est à la fois très simple, et très idiot. Le péril antiraciste vient, de son point de vue, comme le souligne Denis Sieffert , « des rangs de l’inconditionnel de l’Autre », des rangs de ceux qui se battent pour le respect des altérités – quand le raciste, lui, veut anéantir ce qui est différent. Ceux-là, nous dit notre philosophe, respectent même l’altérité palestinienne, et c’est là justement, c’est en cela précisément, qu’ils « font la vie dure aux juifs ». car « ce dont les juifs ont à répondre désormais », du point de vue d’Alain Finkielkraut, « ce n’est pas de la corruption de l’identité française, c’est du martyre qu’ils infligent, ou laissent infliger en leur nom, à l’altérité palestinienne. »

L’ « antisémitisme qui vient » est donc, en réalité, nous y reviendrons, une sympathie pour les souffrances des Palestiniens…Nous tenons ici l’une des toutes premières apparition de l’un des théorèmes les plus imbéciles e l’histoire des idées. En vertu de ce théorème, la moindre critique du gouvernement israélien devient, d’abord, forcément de l’« antisionisme », puis, d’un coup de baguette magique, de l’« antisémitisme » : à ce compte-là, bien sûr, n’importe quelle mise en cause, par exemple, du régime chinois devrait tomber sous le coup des lois qui répriment l’incitation à la haine raciale, mais cette minuscule faiblesse dans l’argumentation qui va désormais lui tenir lieu de viatique ne gêne absolument pas notre philosophe. Plus c’est gros, mieux ça passe…

Il nous faut bien comprendre, ici, que rien de tout cela n’est, le moins du monde, nouveau : la difficulté à produire la moindre idée originale est d’ailleurs une marque de fabrique de nos penseurs droitiers. Ce terrorisme intellectuel que nous expérimentons, en France, depuis quelques années, a déjà fait ailleurs, aux Etats-Unis (quelle surprise !) la preuve de sa redoutable efficacité : Noam Chomsky l’a fort bien décortiqué, il y a plus de vingt ans – bien longtemps, donc, avant son importation par des intellectuels dont l’oncle Sam est parfois l’inspirateur.

Chomsky écrivait alors : « Notons qu’on a très fréquemment, et avec succès, eu recours à des accusations d’« antisémitisme » (ou, dans le cas des juifs, de « haine de soi juive ») afin de réduire au silence les critiques d’Israël. » (Ne dirait-on pas le portrait en pied de l’un ou l’autre de nos philosophes de médias ?)

Chomsky cite pour illustrer sa démonstration, ces propos sidérants d’un diplomate israélien : « Une des tâches principales dans tout dialogue avec le monde des gentils consiste à démontrer que la distinction entre antisémitisme et antisionisme – compris généralement comme la critique des politiques de l’État israélien – n’est pas du tout une distinction. » dans l’esprit de ce diplomate, comme dans celui de la plupart des partisans fanatiques des politiques de l’État israélien, l’antisionisme, perçu et présenté comme une opposition plus ou moins virulente à ces politiques, est donc un antisémitisme : voilà précisément ce que vont répétant nos modernes penseurs de la nouvelle réaction, quinze et vingt après leurs devanciers d’outre-Atlantique.

On ne saurait dire, mieux que ce diplomate, qu’il n’est décidément pas vraiment permis de critiquer les choix politiques du gouvernement israélien, sans risque d’être, à coup presque sûr, assimilé à quelque lointain émule de l’hitlérisme…

Chomsky précise qu’aux Etats-Unis, « la remise en cause des politique d’Israël a été largement réduite au silence, grâce à ‘utilisation efficace des armes morales de l’antisémitisme et de la "haine de soi juive". Des sujets dont on discutait et débattait couramment en Europe ou en Israël même ont été efficacement rayés de l’ordre du jour aux Etats-Unis, où s’est imposée une image d’Israël, de ses ennemis et victimes […] qui ne ressemble que vaguement à la réalité. »

Il va de soi que cette observation vaut désormais pour la France.

Il est aussi permis de (se) demander si ce n’est pas ce déni, depuis quelques années, aux Etats-Unis puis en France, de certaines réalités gouvernementales israéliennes, qui a servi de modèle, de moule à toute la conception néo-droitière du réel, dont nous observons aujourd’hui les manifestations, et les effets. Il faut, en d’autres termes, se demander si ce n’est pas après avoir constaté l’efficacité de « l’arme morale de l’antisémitisme » contre qui se permettait de critiquer les politiques de l’État israélien, que nos apprentis sorciers ont choisi d’en généraliser l’usage à la défense de tous leurs fantasmes – que menace la réalité des faits.

Il n’est pas impossible qu’à leurs yeux, cette arme soit absolue, avant – bien avant – que d’être morale, puisqu’aussi bien elle est de tous leurs combats, de toutes leurs misérables guerres.

C’est de cette façon que l’« antiaméricanisme » est devenu à son tour – on pense rêver – un antisémitisme, et, pourquoi pas un nazisme…

L’essayiste Pascal Bruckner, qui se laisse rarement entraver par la pudeur, écrit ainsi très sérieusement, au printemps 2006, que : « Si le débarquement de juin 1944 avait lieu aujourd’hui, l’oncle Adolf jouirait de la sympathie d’innombrables patriotes et radicaux de la gauche extrême au motif que l’Oncle Sam tenterait de l’écraser. » « L’oncle Adolf » : est-ce badin…

Il faut relire tranquillement ces propos gravissimes, pour bien mesurer ce qu’ils signifient : Bruckner stipule, très simplement, que les « patriotes et radicaux de la gauche extrême », qui sont précisément, est-il besoin de le souligner, les gens qui ont, en son temps, lutté jusqu’à la mort contre l’hitlérisme, sont eux-mêmes devenus des nazis – au seul motif qu’ils protestent contre la (sale) guerre de Georges W. Bush en Irak.

Bruckner, pour mieux flétrir ceux qui ont le toupet de ne pas se ranger à ses vues réactionnaires, sacrifie donc à l’exercice préféré de l’intelligentsia néodroitière : le reductio ad Hitlerium – qui marche aussi, on l’a vu, avec Staline. Qui ne pense pas comme nous est donc forcément un salaud, nazi ou communiste…

Au devoir de mémoire, Bruckner oppose l’impératif de salissure.

Et nous l’annonce tout crûment : l’extrême gauche est nazie.

Donc, raciste.

Donc, antisémite. L’obscénité a ceci de particulier qu’elle met parfois un peu de temps à s’imposer pour ce qu’elle est…

Mais Bruckner confirme : « Il y a […] une parenté entre l’antiaméricanisme et l’antisémitisme puisque l’un et l’autre sont des pathologies de la proximité »…

Notre essayiste, cela va de soi, n’est pas seul, dans son effroyable égarement : un autre penseur, le philosophe Robert Redeker, qu’une haine gigantesque anime, a déjà considéré avant lui que le discours des opposants « néo-pacifistes » à la deuxième guerre d’Irak (2003) pouvait se comparer à « la propagande vichy-stonazie ».

L’« argument » du « racisme » antiaméricain sera, par la suite infiniment recyclé : Philippe Val, patron de Charlie hebdo et autre grande figure de la nouvelle réaction, pourra ainsi prétendre, au mois d’octobre 2006, dans un éditorial selon sa manière, que « l’opinion française est travaillée par une sorte de racisme anti-américain auquel Bush sert de prétexte »…

Il n’apporte bien sûr aucune espèce de commencement de preuve, à l’appui de cette misérable incantation : mais quelle importance, quand ces propos deviennent des oracles ?

Comme toujours lorsqu’il s’agit de travestir leur complète allégeance aux pouvoirs dominants, les intellectuels de médias usent ici de l’épais stratagème qui leur permet de se présenter, non dans la position du penseur couché, qui leur est pourtant aussi naturelle que l’air qu’ils respirent, mais comme de courageux contempteurs de la xénophobie…

Leur martingale, jusque dans leur soutien proclamé aux croisades bushistes, c’est le « racisme » - un racisme qui n’existe, bien sûr, que dans leurs imaginations, mais qu’ils réinventent à chaque fois qu’ils se lancent dans une défense en ligne de l’indéfendable.

Sans pourtant jamais le voir, cela va de soi, là où il existe vraiment…

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