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Pourquoi les Marocains haïssents-ils l’Amérique ? - [Le site de Sindibad]
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Pourquoi les Marocains haïssents-ils l’Amérique ?

vendredi 2 mars 2007

La marée anti-américaine est en train de s’étendre partout au Maroc. Les USA suivent de près son évolution et constatent le fossé qui les séparent désormais des Arabes et des Musulmans.

Pourquoi les Marocains haïssents-ils l’Amérique ?

La marée anti-américaine est en train de s’étendre partout au Maroc. Les USA suivent de près son évolution et constatent le fossé qui les séparent désormais des Arabes et des Musulmans.

« Le fossé entre ce que nous sommes, comment nous souhaiterions être perçus et la manière dont nous le sommes réellement est effroyablement profond », dira Charlotte Beers, l’ex-sous-secrétaire d’État à la Diplomatie et aux Affaires Publiques en jetant l’éponge. L’échec patent de la campagne publicitaire de l’administration Bush n’est certainement pas dû au manque de créativité de cette grande promotrice de Madison Avenue, chargée d’opérer une révision complète de l’image des États-Unis à l’étranger. Cet échec est surtout lié au label “USA”. Et ce malgré tous les moyens alloués à cette forte opération de communication et l’implication de nombreuses personnalités du show-biz et du sport vantant une Amérique tolérante et démocratique auprès des “peuplades” arabes. Le soutien sans faille à Israël, la guerre injuste et injustifiée contre l’Irak, sa politique guerrière, son impérialisme, son arrogance et le refus des peuples de se voir imposer un modèle par l’extérieur ont réduit à néant les efforts de cette propagande. Ce n’est donc pas une question de communication.

Mauvaise image

C’est visiblement le produit “Etats-Unis” lui-même qui pose problème. L’Amérique est mal perçue dans le monde arabo-islamique. Son image auprès des populations de cette partie du monde est très négative. Cette “mauvaise” perception trouve son origine dans les fondements même de la politique étrangère américaine. On accuse en effet l’administration américaine de vouloir peser sur le quotidien des Arabes et des musulmans sans pour autant qu’elle fasse preuve d’équité. On donne comme exemple les dernières élections législatives en Palestine. Ainsi, les Arabes, Marocains compris, voient d’un mauvais œil la volonté des Américains de tout faire pour combattre le gouvernement du Hamas qui est pourtant démocratiquement élu. Ces Arabes et ces Marocains veulent savoir alors de quelle démocratie parlent les Américains ?

En 2004, l’administration américaine a annoncé son projet de démocratiser le “Grand Moyen-Orient”. Ce projet bien sûr n’a pas été pris au sérieux par tous les concernés. Car avant de faire miroiter aux Arabes des lendemains meilleurs, les USA devaient d’abord contribuer à trouver une résolution équitable au conflit israélo-arabe, éviter d’envahir l’Irak et s’épargner les scandales, notamment de la prison d’Abou Ghraib et enfin, se retirer de l’Afghanistan où ils ont créé le chaos. Et la liste n’est pas exhaustive. C’est cela qui suscite chez la “rue arabe” ce sentiment de mépris, de “hougra”. Lequel sentiment finit par se traduire en actes, parfois violents, contestant et rejetant en bloc ce qui est perçu et considéré comme du “despotisme américain”. Nous sommes très loin de l’époque -dans les années 40 et 50- où l’option américaine était considérée comme une alternative pour se débarrasser des puissances coloniales françaises et britanniques. Faut-il rappeler que l’Amérique en ce temps-là était perçue comme libre, prospère, fraternelle, en un mot : exemplaire.

Aujourd’hui, le “rêve américain” s’est transformé en véritable cauchemar. Au nom de cette folle guerre menée contre le terrorisme, Bush terrorise le monde entier. Bien sûr, cette guerre a particulièrement mis à feu et à sang une grande partie du monde arabo-musulman. Du coup, les populations de cette aire géographique se sentent visées. On parle alors d’une croisade déclarée par les néo conservateurs de la Maison Blanche contre l’Islam. Il n’en fallait pas plus

pour attiser le sentiment anti-américain chez les habitants de cette région du monde estimés à plus de 1 milliard d’habitants. De Mascate à Rabat, des hommes et des femmes, des jeunes et moins jeunes, des instruits et des analphabètes, des gauchistes et des islamistes, des tolérants et des fanatiques, se rebiffent. Ils crient haut et fort “Mort aux USA”.

Pourtant, plusieurs sondages commandés par la Maison Blanche ont diagnostiqué les causes de ce sentiment anti-américain dans le monde musulman. Ainsi, le dernier sondage effectué dans ce sens a été réalisé en décembre dernier par l’Institut arabe américain de James Zogby et supervisé par Shibley Telhami, un spécialiste du Proche-Orient à la Brookings Institution. Il a concerné 3850 citoyens de l’Egypte, la Jordanie, le Liban, l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes-Unis et le Maroc. On a donc voulu connaître encore une fois l’évolution de la perception de l’image des Etats-Unis dans ces pays arabes.

Ainsi, ce sondage confirme que le sentiment anti-américain gagne du terrain et traverse une grande partie de la société marocaine. 61% des Marocains ont une image très défavorable des Etats-Unis. 62% ne lui font pas du tout confiance. 84% ne croient pas que l’administration américaine veuille vraiment instaurer la démocratie dans le monde arabe. 88% sont anti-américains à cause de la politique au Moyen Orient. 58% considèrent que l’arrivée des démocrates à la tête du Congrès et la démission de Donald Rumsfeld ne changeront en rien la politique des Etats-Unis et, enfin, 62% estiment que la politique de George W. Bush au Moyen-Orient est surtout motivée par les intérêts de son pays. Les résultats de cette enquête montrent encore une fois tout le mal que l’on pense de l’oncle Sam qui est toujours perçu comme arrogant, hypocrite, auto-tolérant, et incapable d’engager un véritable dialogue interculturel avec les musulmans. S’ils sont devenus très soucieux, voire obsédés, de la perception du monde arabo-islamique à leur égard et s’ils guettent de près son évolution, les Etats-Unis ne font par contre rien de “sérieux” pour l’améliorer.

Au contraire, ils instrumentalisent cette attitude à des fins économiques masquées par des prétextes avec des apparences idéologiques qui risquent de creuser davantage le fossé entre le nouveau Monde, les Arabes et les musulmans, voire le reste du monde. Et avec tout cela, ils osent crier : pourquoi nous haïssent-ils ?

Boycotts à la pelle

La marée de l’anti-américanisme est en train de s’étendre partout au Maroc. Ce phénomène s’amplifie davantage et prend des formes plus hostiles. Des militants associatifs organisent de plus en plus, dans les grandes villes comme dans les petits bourgs, des sit-in et des manifestations pour exprimer et dévoiler toute leur colère contre cette Amérique et ses représentants au Maroc.

Thomas Riley persona non grata à Bouarfa

1er février 2007. A Bouarfa, un petit bled de la province de Figuig où rien ne se passe, des militants associatifs ont organisé une surprenante marche de protestation contre la visite de l’ambassadeur américain dans leur petite cité. En fait, Thomas Riley, qui est arrivé à bord d’un avion privé, ne s’est pas déplacé les mains vides. Accompagné d’une délégation de l’USAID, il est venu faire des “dons” aux représentants de l’association d’alphabétisation Amal Tindrara qu’il a rencontrés à la maison de la jeunesse de la ville. Encadrés par des membres du groupe national d’action pour le soutien à l’Irak et la Palestine et l’association marocaine des droits de l’Homme (AMDH), plus de 400 personnes ont exprimé ouvertement au diplomate américain qu’il était persona non grata chez eux. « Nous avons tenu à lui exprimer tout le mal que nous pensons de son gouvernement. Que nous sommes contre l’hégémonie de l’administration américaine, que nous dénonçons ses crimes en Irak, que nous préférons crever que lui demander l’aumône et que notre dignité n’est pas à vendre », nous explique Saddik Kabbouri, un militant de l’AMDH à Bouarfa.

Et à l’université Hassan Ier à Settat

Début Janvier 2007. A Settat où Thomas Riley devait prendre part à une activité culturelle organisée par l’université Hassan Ier. La présidence de cette dernière a pris toutes les mesures nécessaires pour que la visite de cet “illustre” invité soit réussie. Bien sûr, et pour des raisons de sécurité, les préparatifs ont été entamés dans la plus totale discrétion. Malgré ces précautions, le Groupe national d’action pour le soutien à l’Irak et la Palestine a été avisé quelques jours avant. Soit suffisamment à l’avance pour permettre à ses membres de prendre attache avec la présidence de l’université Hassan 1er afin de la dissuader d’accueillir l’ambassadeur américain dans le campus universitaire et attirer son attention sur les troubles que pourrait engendrer sa visite. « Je ne sais pas comment le diplomate américain pouvait se permettre de se rendre dans une université marocaine et regarder droit dans les yeux les étudiants marocains alors que quelques jours auparavant son gouvernement a exécuté sauvagement Saddam Hussein. Cela aurait été de la provocation », s’indigne Khalid Soufiani, coordinateur du Groupe national pour le soutien à l’Irak et la Palestine.

Contre l’exécution de Saddam

5 janvier 2007, un sit-in contre l’exécution de la peine de mort de Saddam Hussein a été organisé devant l’Ambassade des Etats-Unis à Rabat. Parmi les manifestants figuraient des personnalités de la gauche radicale, du PJD, des artistes et des membres de la société civile. Ils ont scandé des slogans hostiles à l’intervention américaine en Irak et contre l’exécution de l’ex-président irakien qu’ils considèrent comme un crime politique. Les manifestants, que le dispositif sécuritaire en place a empêché de s’approcher de l’ambassade américaine, ont crié “Mort à l’Amérique”. Parmi les 300 personnes ayant pris part à ce sit-in, qui a duré une heure, se trouvaient également des artistes et des intellectuels marocains. Pour le président de l’AMDH, Abdelhamid Amine, « l’exécution de Saddam Hussein est un crime politique qui a été commandité par les Etats-Unis. Nous sommes devant l’ambassade américaine pour dire que ce sont les Etats Unis qui assument la responsabilité entière en Irak, depuis l’occupation jusqu’à l’exécution de Saddam Hussein, en passant par les tueries entre les différentes fractions en Irak. Nous sommes là pour dire également que nous sommes favorables à l’indépendance de l’Irak, pour un Irak uni, démocratique et souverain ».

Boycott de l’ambassade américaine

Deux mois auparavant, six instances vont signer une pétition collective pour le boycott des activités de la représentation diplomatique américaine au Maroc. Cette initiative, la première du genre, a été annoncée par le secrétaire général du SNPM, Younes Moujahid, dans une conférence de presse organisée le 31 octobre 2006 à Rabat. Outre le SNPM, les initiateurs de cette idée sont ces associations qui n’ont jamais tû leur anti-américanisme. Il s’agit du Groupe d’action nationale pour le soutien à l’Iraq et la Palestine, l’AMDH, l’Association marocaine pour le soutien à la lutte palestinienne, l’Union des écrivains du Maroc et l’Alliance marocaine pour la culture et l’art. Les signataires de cette pétition voulaient ainsi dénoncer la politique “sanguinaire” américaine et le signifier ouvertement à ses représentants au Maroc.

Contre la visite de Rumsfeld

12 février 2006, et à l’initiative de l’AMDH, près de 200 personnes ont manifesté devant le siège du Parlement à Rabat pour protester contre la visite au Maroc de l’ancien Secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld. Brandissant des banderoles sur lesquelles ont pouvait lire« Non à la visite au Maroc du criminel de guerre D. Rumsfeld », « Non à l’intégration du Maroc dans les plans sécuritaire et militaire de l’impérialisme américain », « Guantanamo : un crime contre l’humanité » et « Down with American imperialism », les protestataires ont proféré des slogans pour dénoncer « la présence de centres de détention secrets à travers le monde » ainsi que « le terrorisme d’Etat exercé par les Etats-Unis ».

L’ALE est aussi remis en cause

Même l’accord de libre échange (ALE) conclu entre le Maroc et les Etats-Unis, et qui a été curieusement présenté par le département d’Etat Américain comme un “cadeau” au Maroc pour ses précieux services dans la guerre contre le terrorisme, n’a pas échappé à ce grand mouvement de contestation. Le 29 décembre 2004, 32 instances opposées à l’ALE ont organisé un sit-in devant le Parlement à Rabat. Scandant des slogans antiaméricains, qualifiant cet accord de “colonialiste”, ces instances politiques, juridiques, associatives, féminines et professionnelles ont exprimé leur rejet de cet accord, demandant aux parlementaires de ne pas l’approuver dans sa forme initiale.

Quitte à se priver de Mc Donald’s

Les formes et les moyens avec lesquels les Marocains formulent leur colère contre les Américains varient et divergent. En plus des sit-in de contestation, les marches de protestation, les pétitions pour le boycott de la représentation diplomatique US, les symboles les plus célèbres et répandus de l’américanisme n’ont pas échappé eux aussi au rejet. Ainsi, en mars 2004, des appels au boycott des produits américains ont trouvé écho auprès d’une grande partie de marocains. Suite aux attaques très violentes menées par Israël contre les camps de réfugiés palestiniens, un large élan de dénonciation a gagné le monde arabe. De l’est à l’ouest du monde islamique, une large campagne a été initiée contre les produits des pays traitant avec l’état hébreu et, plus particulièrement, américains, en raison de l’alignement de Washington sur les positions israéliennes. Au Maroc, on a tourné le dos à des produits comme McDonald’s et Coca-Cola. Pour se défendre des attaques de "complicité avec l’entité sioniste" lancées par les associations de soutien au peuple palestinien, les responsables des franchises américaines ont fait valoir que ces entreprises sont créatrices d’emplois et que la chute de la rentabilité aura des répercussions sur le plan social avec des vagues inéluctables de licenciement.

Contre l’invasion de l’Irak

Mais c’est l’invasion de l’Irak qui a le plus attisé le sentiment anti-américain chez les marocains. A en juger par la marche du 30 mars 2003 à Rabat à laquelle ont pris part plus de deux millions de manifestants. Venus de plusieurs villes marocaines, ils ont tenu à exprimer leur condamnation de “l’impérialisme américano-sioniste” et dénoncer une guerre illégitime. Tous ont marché pour dénoncer “l’arrogance américano-britannique”, tous ont manifesté pour “arrêter cette bush...rie”, tous fustigeaient “l’axe du mal Bush-Blair-Sharon”. Les manifestants ont brandi des banderoles avec des slogans dénonçant l’occupation de l’Irak, la guerre impérialiste et la complicité de certains dirigeants arabes et appelant à l’arrêt immédiat de l’invasion et de la guerre. Parmi ces slogans : “Bush, Hitler du 3ème millénaire”, « Nous exigeons le retrait immédiat de tous les accords militaires Maroc-USA », « Boycott de tous les produits US », « Ne tuez pas nos enfants pour du pétrole », « Bush-Blair-Sharon : criminels de guerre », « Gouverneurs arabes, combien vous a t-on donné pour laisser vendre l’Irak ? », « Les dirigeants arabes réactionnaires sont des esclaves de la Maison blanche »... Un panneau publicitaire géant de la société Mc Donald’s et des stores garnis du sigle Coca-Cola ont été arrachés et brûlés. Des manifestations similaires ont eu lieu dans d’autres villes comme Agadir, Tanger, Azrou, Kelaat Sraghna, Settat, Al Houceima, Tétouan et même Sebta.

La liste de toutes les manifestations de contestation anti-américaine est longue. La recrudescence de leur nombre depuis cinq ans et leur généralisation sur tout le territoire, notamment dans des coins enclavés, montrent que le sentiment de haine, de mépris et de blâme à l’égard des USA traverse et transcende toute la société marocaine. Un sentiment qui risque d’être exploité par les radicaux de tous bords. Et pour paraphraser Winston Churchill, ce qui arrive aujourd’hui ce n’est pas le début de la fin, mais la fin d’un début. Mais c’est quand même un début.

Publié sur le site Le Journal Hebdo


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