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Le Safari Banlieusard De "Charlie Hebdo"

Petit Peuple, Incendiaires De Voitures, Gogos En Survet
jeudi 8 mars 2007

Le Safari Banlieusard De "Charlie Hebdo" : Petit Peuple, Incendiaires De Voitures, Gogos En Survet

Le mépris de classe, on le sait, met parfois un peu de temps à s’imposer pour ce qu’il est.

Tel n’est cependant pas le cas ce matin dans "Charlie Hebdo", où un certain Jean-Baptiste Thoret crache longuement le sien (de mépris), dans un papier sidérant de brutale connerie.

Titre : "Pourquoi la "racaille" préfère Sarkozy à Royal".

Sous-titre : "La banlieue vote à gauche, mais préfère Sarkozy. Tel est le passionnant paradoxe qu’a révélé le 3 février dernier un sondage BVA".

Nous sommes, dès l’abord, prévenu(e)s : la banlieue, c’est la "racaille" (les guillemets (hypocrites) n’y changent rien).

Même Sarkozy n’ose plus l’énoncer aussi nettement.

Nous voilà, aussi, informé(e)s de ce qui "passionne" aujourd’hui l’hebdomadaire de Philippe Val : "un sondage BVA".

Dudit sondage, sur lequel pourtant il prétend appuyer son "raisonnement", il n’est curieusement question nulle part, dans l’article de Thoret.

On ne sait donc absolument pas sur quoi il portait, au juste, ni ce que les sondé(e)s ont répondu - mais pour tout dire, on s’en fout un peu : il n’y a plus guère que "Charlie Hebdo", pour trouver de l’intérêt aux tripotages de BVA e.a.

Nous sommes donc prié(e)s de croire Thoret sur parole, quand il affirme avoir découvert là un "passionnant paradoxe" - dont le principal mérite, nous l’allons voir, est de lui offrir l’occasion de se délester de sa bile.

Ce que nous avons là n’est pas le commentaire d’un sondage dont les résultats ne sont, je le répète, jamais cités, mais l’interminable délire d’un pauvre type qui, se lâchant, débite les sinistres clichés à deux balles qui lui rongent l’intelligence.

Ca commence comme ça : "Que le petit peuple banlieusard terrorisé par les incendiaires de voitures et les "Yo ! Men" des cages d’escalier se prononce en faveur de l’actuel ministre de l’Intérieur n’a rien d’étonnant. Mais qu’en est-il des incendiaires eux-mêmes ? Considèrent-ils le ménestrel de l’UMP plus en phase avec leurs problèmes concrets, mais, animés d’une force contraire, se prépareraient-ils à voter majoritairement à gauche ?"

Matez le cauchemar : la banlieue, vue par le voyagiste "Charlie Hebdo", c’est, d’un côté, le "petit peuple banlieusard", et, de l’autre, "les incendiaires de voitures" (avec leurs "Yo ! Men" de cages d’escaliers), qui, non contents de se comporter en terroristes, envisagent au surplus d’aimer Sarkozy.

Et pour cause : "L’adhésion politique, en banlieue ou ailleurs, est d’abord une question d’identification, et la schizophrénie apparente des électeurs du 93 révèle [...] une évidence qui fâche : si Royal semble les défendre, Sarkozy leur ressemble".

Nous progressons, vous l’aurez certainement relevé, dans une plus juste définition de ce que représente la banlieue dans l’esprit d’un salarié de "Charlie Hebdo" : il s’agit, essentiellement, du "93" - de la Seine-Saint-Denis, comme on dit chez nous.

Vous aurez aussi retenu que l’électeur, "en banlieue ou ailleurs", est un être simple, et pour tout dire assez uniment con, puisqu’il vote sans vraiment réfléchir, non pour un programme et/ou un projet, mais par "identification".

(Le QI du banlieusard culmine décidément à 12 : heureusement que "Charlie Hebdo" est là pour nous le signaler.)

Or, je vous le demande, à qui s’identifie la racaille des faubourgs ?

A Nicolas Sarkozy.

Et cela, nous explique Thoret, pour une simple et bonne raison : le banlieusard (et singulièrement le banlieusard du "93") est, "au fond", et par procuration, un criminel de la pire espèce.

Tony Montana, pour ne pas le nommer.

Sous la plume de Thoret, ça donne cette "démonstration", extraordinairement lumineuse : "Au fond", Marie-Ségolène Royal représente "un repoussoir naturel pour une génération rétive à toute forme d’autorité, amatrice de rap et placée sous perfusion constante d’une imagerie "gangsta" qui vante les mérites d’une réussite clinquante et arrogante (strings, dollars et "guns" dans la boîte à gants), et dont le "Scarface" de Brian De Palma constitue le modèle absolu".

Car, Thoret l’a noté : "Logotisée partout, placardée, remakée dans les clips, tatouée sur les corps et les "pantalons patates", la trogne cicatrisée d’Al Pacino brandissant virilement une AK-47 fait figure d’icône".

(Je ne commente pas.)

Or - et c’est là que Thoret brille véritablement de mille feux conceptuels : "Le Scarface de l’élection présidentielle, celui qui en réfléchit le mieux l’image, s’appelle Nicolas Sarkozy".

Dès lors, c’est plié, nous annonce l’ahurissant Thoret : la "racaille", en effet, préfère Sarkozy à Royal.

Car, "dans tout bon film de mafia, on respecte celui qui ne pense qu’à vous écraser".

Mieux : "On admire secrètement ceux qui vous déclarent la guerre, ceux qui vous disputent un territoire et mettent la dose de Kärcher pour vous en déloger".

Notez-le, s’il vous plaît, sur un pense-bête : la banlieue est "un bon film de mafia".

Ou plutôt : les jeunes des banlieues sont tellement abrutis, qu’ils sont absolument incapables de faire la différence entre la réalité de leur vie quotidienne, et un blockbuster de Brian De Palma.

En outre, ils adorent, "au fond", qu’on les conchie : plus tu les brutalises, mieux ils te respectent !

Ah ça, pour des sombres cons...

Notez aussi le "secrètement" : Thoret, c’est avéré, a une taupe de compétition dans l’inconscient des banlieusards, et cette gorge profonde l’informe régulièrement de ce que ces pauvres connards pensent "secrètement".

C’est du (très) grand journalisme d’investigation : vive "Charlie Hebdo".

Thoret, cependant, continue : "En traitant [...] de "racaille" tous ces gogos en survet qui frétillent au moindre refrain antiflics, en brandissant sans cesse la massue répressive, Sarkoface feint de prendre au sérieux la menace qu’ils incarnent et leur confère ainsi une identité qui, bien que fictive (qui les craint ?), se conforme à leurs désirs de puissance".

C’est dit clairement : l’incendiaire de voiture (dont les motivations ne sont, bien sûr, pas envisagées une seule fois) est aussi, merci Thoret, un gogo en survet qui frétille au moindre refrain antiflics - comportement d’autant plus débile que la police est toujours, comme on sait, d’une exquise urbanité avec les jeunes des banlieues.

N’est-ce pas, Zyed Benna ?

N’est-ce pas, Bouna Traoré ?

Thoret conclut : "Règle d’or : dans "Scarface", on ne dézingue que les puissants, jamais les faibles. Stratégie retorse mais diablement efficace qui oppose à la compassion de gauche l’agression comme forme perverse de respect".

Bon.

Et pour ce qui serait des formes primaires de crasse vilenie journalistique ?

Publié sur Vive le feu


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