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Une presse sous les ordres

Sarkozy et les médias

Article de Zineb Dryef, publié dans Le Journal-Hebdo.
vendredi 11 mai 2007

Comment Sarkozy contrôle les médias

Publié dans Le Journal Hebdo

...Nicolas Sarkozy se rêvait journaliste, rapporte Frédéric Charpier dans son ouvrage « Nicolas Sarkozy, enquête sur un homme de pouvoir ». A défaut d’exercer cette profession, il a su y tisser un impressionnant réseau. Véritable travail d’orfèvre, le rapprochement du candidat de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) et des grands patrons propriétaires de médias s’est lentement accompli. Depuis 1983, date à laquelle Nicolas Sarkozy s’est emparé de la mairie de Neuilly (Hauts-de-Seine), son carnet d’adresses n’a eu de cesse de s’étoffer. Mais jusqu’à quel point l’a-t-il mis au service de ses ambitions ?

L’ami des patrons

En 25 ans, Nicolas Sarkozy est parvenu, plus que tout autre homme politique français, à nouer des relations privilégiées avec le tout-Paris médiatique. D’abord en créant en 1985 un club très select, Neuilly Communication, où se cotoient ses administrés : Arnaud de Puyfontaine (PDG du groupe de presse Mondadori-France) , Nicolas de Tavernost (patron de M6) ou Jean-Claude Decaux (numéro un de l’affichage). Tous ne sont pas des intimes mais Sarkozy compte tout de même quelques soutiens de poids. Arnaud Lagardère (Paris Match, Europe 1, le Journal du Dimanche et plusieurs titres régionaux) n’a pas hésité à le présenter, lors d’un séminaire à Deauville en 2005, « non pas comme un ami, mais comme un frère ». Le patron de TF1, Martin Bouygues, témoin de son mariage avec Cécilia, est également le parrain de Louis, le fils unique du couple Sarkozy. Même Serge Dassault, à la tête du Figaro et proche de Jacques Chirac, ne cache plus sa profonde admiration pour le candidat à la présidentielle. À tel point que certains journalistes du quotidien de droite s’inquiètent de sa dérive sarkozyste. Le 16 avril, Joseph Macé-Scaron, le directeur adjoint de Marianne, a révélé, au micro de RTL, avoir été “démissionné” de son poste de directeur du Figaro Magazine après son refus de céder à des pressions de la direction. Véritable feuilleton, la relation exécrable entre les journalistes et l’ex-ministre de l’Intérieur est pour le moins surprenante.

Des postes-clés

Nicolas Sarkozy a occupé des postes ministériels qui lui ont facilité l’accès aux poids lourds des médias. Entre 1993 et 1995, il est ministre de la Communication et du budget puis Porte-parole d’Edouard Balladur, alors favori à l’élection présidentielle. Ces deux années vont être celles du rapprochement entre Alain Minc (président du Conseil de surveillance du Monde) et Nicolas Sarkozy, tous deux soutiens inconditionnels de Balladur. A quelques semaines du premier tour des présidentielles en 1995, un titre du Monde défraie la chronique parisienne : la vente d’un terrain par Bernadette Chirac. Rival de Balladur, Jacques Chirac et son équipe soupçonnent Sarkozy, alors au Budget, d’être responsable de la fuite de cette information.

Journalistes sous pression

« Je sais ce qui se passe dans vos rédactions » ou « Je ne l’oublierai pas ». Nicolas Sarkozy serait coutumier de ce type de petites phrases selon les témoignages de nombreux journalistes politiques. Frédéric Charpier, journaliste d’investigation, rapporte dans son ouvrage (1) un incident qui a opposé l’ex-ministre de l’Intérieur et les journalistes de France Inter en octobre 2004. Invité à la matinale, Sarkozy qui attendait d’être interviewé dans un salon, a déboulé, furieux, dans le studio, en plein direct. Explication : un élu remettait en cause la nomination d’un préfet. Mais Nicolas Sarkozy ne s’en tient pas uniquement à des manières un peu cavalières. Face à une information qui lui déplaît franchement, il verrouille. Ainsi, Alain Genestar, rédacteur en chef de Paris Match, s’est vu remercié quelques mois après la publication de photos montrant Cécilia en compagnie de Richard Attias. Des grèves de la rédaction (du jamais vu chez Match !) n’ont pas empêché Arnaud Lagardère de pousser le fautif dehors. Cette semaine, Le Canard Enchaîné a révélé un nouvel épisode opposant une partie de la rédaction de l’hebdomadaire à la direction. Après le 1er tour, Paris Match avait prévu en Une un portrait de Sarkozy et de son fils. Avec une condition qui ne cadrait pas tout à fait avec la ligne de Match : le visage de Louis devait être flouté. L’affaire s’est finalement résolue grâce à la mort de l’acteur Jean-Pierre Cassel qui a fait la couverture. Le petit Louis a donc été relégué en pages intérieures. Plus grave : le 4 septembre 2006, un sondage CSA qui plaçait Ségolène Royal en tête des candidats à la présidentielle sur les questions économiques et sociales n’a pas été publié par La Tribune, titre appartenant à un autre proche de Sarkozy, Bernard Arnault. Une levée de boucliers de la Societé des journalistes du quotidien et du Syndicat des Journalistes (SNJ) a poussé à la tenue d’une assemblée générale et à une motion de défiance contre le directeur de la rédaction François-Xavier Pietri.

Complaisance médiatique

La très récente affaire Plantu (caricaturiste au Monde), rapportée par la médiatrice du quotidien, peut faire office de cas d’école de la méthode Sarkozy en matière de médias. Tenter la séduction d’abord, passer à l’attaque ensuite. Agacé de se voir représenter avec une mouche jusque-là réservée au leader du Front National Jean-Marie Le Pen, Nicolas Sarkozy a adressé un courrier courtois au dessinateur pour s’en plaindre. Voyant que sa demande demeurait sans effet, il a tout bonnement contacté la direction du Monde pour s’en plaindre. Le résultat a été contrariant pour le candidat de l’UMP puisque Plantu l’affuble désormais de plusieurs mouches. D’autres journalistes sont moins scrupuleux. Jean-Pierre El Kabbach, ne s’en est même pas défendu cet hiver. Le patron d’Europe 1 a consulté Nicolas Sarkozy au sujet du recrutement du journaliste politique chargé de le suivre. Cette connivence entre les politiques et les journalistes n’est certes pas nouvelle mais elle aura rarement été aussi affichée. Omniprésent médiatiquement, le candidat de l’UMP bénéficie d’une complaisance manifeste. Une publicité très ironique du magazine culturel Télérama, destinée à l’affichage dans le métro, a été refusée en septembre 2006 par la régie publicitaire Métrobus. Le texte ? « Dimanche 15 janvier. Vivement dimanche. Nicolas Sarkozy devrait faire attention. C’est déjà la troisième fois qu’il invite Michel Drucker dans son émission ». Censure qui n’a été, une fois de plus, que très discrètement relayée dans les médias...

Zineb DrYef

(1) Nicolas Sarkozy, enquête sur un homme de pouvoir (Presses de la Cité)


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