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Une nuit à Gaza - [Le site de Sindibad]
Le site de Sindibad
Je le jure, je serais Palestinien tant que la Palestine ne sera pas Palestine.

Une nuit à Gaza

Par le Ministère des Affaires Populaires
samedi 24 mai 2008

...Mais maintenant je le jure, j’en ai fini avec la complaisance, je serais résistant palestinien avant d’être algérien ou français, je serais palestinien tant que la Palestine ne sera pas PALESTINE.

UNE NUIT A GAZA...

Mardi 15 avril 2008. Cela fait plus d’une semaine que je suis en Palestine occupée, en voyage d’Etat musical, pour le compte du Ministère des Affaires Populaires.

Il est exactement 4h56, heure locale. Je suis allongé sur le lit d’une chambre d’hôtel à Gaza. Dehors, une voix résonne : le Muezzin appelle à la prière de l’aube. Mais, ce n’est pas cette voix qui m’a réveillée. Cela fait presque une heure que je n’arrive pas à trouver le sommeil.

Peut-être qu’au fond, j’ai peur de fermer les yeux. Peur de fermer les yeux sur tout ce que j’ai pu voir et vivre depuis que je suis ici. Peur de me laisser « endormir » ; peur d’oublier ; Peur de passer à autre chose. J’attends, rêvant les yeux ouverts, qu’un jour nouveau se lève sur Gaza…

« Je te parle de ce jour dont nous avons tant rêvé.

Je te parle de ce jour que nous avons tant attendu.

Je te parle de jour pour lequel nous nous sommes tant battus.

Je te parle de ce jour nouveau qui bientôt va se lever.

Combien de bombes ont-ils fait pleuvoir sur nos têtes ?

Combien de fois ont-ils cru que leurs balles nous feraient tomber ?

Ne comprennent-ils pas que nous ne mettrons pas genou à terre !?

Ne comprennent-ils pas que nous ne plierons jamais !?

Aucun mur, aucun barrage, aucun check point, ne sauraient nous arrêter !

Une terre, un peuple, un destin : sur la Palestine, un jour nouveau va se lever. »

MAP - nhar jdid ( un jour nouveau ) - 2008

Ce n’est pas la puissance militaire qui fait la grandeur d’un peuple. La grandeur d’un peuple se mesure à la force de ses rêves, et à son obstination à y croire, encore et toujours. N’en déplaît à « l’implacable réalité ».

Pour un palestinien vivant ici, cette « implacable réalité » ressemble à une voie sans issue ; étroite ruelle ; cours de prison, couloir à ciel ouvert, encadré par un mur lamentable, honteux. Un mur que j’ai vu et revu avec toujours la même envie de vomir. En haut des miradors, des soldats vous guettent. Dans le ciel, des oiseaux de fer feront feu ce soir, ou demain, ou, au plus tard, dans une semaine*. Et, comme si cela ne suffisait pas, loin derrière ces murs, de l’autre côté de l’Atlantique, l’Oncle Sam, l’hyper puissance, le shérif planétaire, veille aux intérêts de ses amis.

Est-il utile de parler des instances internationales qui ferment les yeux, faisant semblant de ne pas voir, de ne pas savoir. Ce n’est malheureusement pas un scoop : dans notre monde « moderne », peu importe qui a raison, qui a tort. Les indignations relatives aux droits de l’Homme, elles aussi, obéissent à la raison du plus fort. C’est la loi de la « jungle mondialisée ».

Si on voulait être lucide, réaliste, on se dirait qu’il n’y a pas d’issue ; que l’équation devant mener à la libération de la Palestine est « insoluble ». Et pourtant…

Et pourtant, il arrive que l’aspiration de tout un peuple à recouvrer sa liberté vienne à bout des armées les plus puissantes. L’Histoire est ainsi faite, les exemples sont légions. On pourrait, bien sûr, méditer sur la légende biblique de « David contre Goliath », ou encore celle de Moïse et de son peuple face au puissant Pharaon… Mais, bien plus récemment et, de manière bien moins « ésotérique », rappelons nous l’Algérie, le Vietnam, l’ Ethiopie…

J’ai vu les Palestiniens, j’ai vu leurs regards, j’ai vu qu’ils avaient cette force, cette foi en eux, cette certitude qu’ils ne plieront jamais. Je les ai vus « grands », je les ai vus debout, quand combien d’autres seraient à terre depuis bien longtemps. Je les ai aimés, je les ai admirés. Aussi, j’ai aimé et admiré tous ceux qui, parmi eux, se battent au quotidien pour que la Palestine continue à vivre et à rêver :

Nos amis de l’école de musique d’Al Kamandjâti (le violoniste), par exemple, eux qui font résonner les notes de musique dans tout le pays, et bien au-delà. Eux, grâce à qui la Palestine rayonne de tous ces sourires d’enfants musiciens. Ces enfants des camps de réfugiés, les yeux comme des soleils, pleins de vie et d’envie.

J’ai aimé ces artistes : musiciens, peintres, photographes… Ces militants associatifs ; ces journalistes… Ce foisonnement culturel, cette conscience politique, cette jeunesse et plus largement, ce peuple, Révolté mais aussi débordant d’Amour, de Rêves, et d’Espoirs. Ainsi est la Palestine ! Et quiconque viendra ici, pourra le constater par lui-même. Loin, très loin, à l’opposé même, de l’image souvent véhiculée en France.

Quoi qu’il en soit, pour moi, ça ne fait aucun doute, un jour nouveau va bientôt se lever. Il ne peut pas en être autrement. Pour parler ainsi, je dois certainement être un de ces pauvres « marginaux utopistes » qui pensent que nos rêves peuvent être la plus dangereuse des armes.

Martin Luther King a été assassiné parce qu’il « avait fait un rêve » ; lui, le pacifiste était un homme dangereux, parce qu’il savait que les rêves pouvaient renverser bien plus que des montagnes. Il est mort, et aujourd’hui, près de quarante après, les Américains semblent disposés à élire à leur tête, un homme de « couleur », un « métisse » plus précisément. De toute évidence, « Ils » ont tué Martin Luther King, mais pas son rêve.

« (…) Je rêve qu’un jour cette nation se lèvera et vivra la vraie signification de son credo. Nous tenons cette vérité comme évidente, tous les hommes sont égaux (…) »

Martin Luther King

Gandhi aussi a été assassiné, parmi tant d’autres guerriers pacifistes. Le rêve et l’utopie sont dangereux, oui. Parce qu’ils sont hautement contagieux. Alors, soit ! que la contagion nous gagne ! Soyons, des centaines, des milliers, des millions de pauvres fous utopistes à partager les mêmes rêves ; à partager les mêmes combats… Pour une même vision du monde et de l’humanité.

Soyons des millions de palestiniens ; soyons des millions de sans papiers ; des millions de SDF ; entre autres « victimes collatérales » de cette jungle mondialisée.

« on choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille. On choisit pas non plus les trottoirs de Paris, de Manille, ou d’Alger pour apprendre à marcher », chante Maxime Le Forestier.

Mais on choisit bel et bien les gens que l’on aime ; ces gens dont on se sent proches, ces gens aux côtés de qui l’on veut se battre, ces gens avec qui l’on partage Révoltes, Amour, Rêve, et Espoir.

Hk - Musicien Altermondialiste Palestinien

*Le mercredi 16 mai, lendemain du concert de MAP à GAZA, un bombardement de l’armée israélienne sur Gaza tuait neuf civils dont deux enfants et un journaliste palestinien travaillant pour l’agence de presse internationale REUTERS.

L’ENNEMI DE MON AMI EST MON ENNEMI

Voila déjà trois jours que nous sommes rentrés à Lille, trois jours que mes valises sont toujours au milieu de mon mini studio poussiéreux, trois jours que je les regardent , les observent les ignorent, trois jour qu’elles essayent de me dire que je suis bel et bien rentré, bel et bien loin de Ramallah, de Gaza ou de Naplouse, trois jours que j’ai la sensation d’avoir une espèce de boule bowling à l’intérieur de la poitrine, trois jours que j’ai mal à l’âme, voila déjà trois jours que je me sens lâche de ne pas être resté pour lutter, résister avec ce peuple qui souffre et que j’aime tant, trois jours que je me sens impuissant, inutile, incompris et seul. Trois jours que j’ai envie de raconter, crier, gueuler au monde entier ce que j’ai vu, senti ou touché lors de mon passage au check point d’Herez.

Mais non, rien ne veut sortir, tout reste là, bien coincé entre mon sternum et mon gosier, toutes ces images, ces visages, cette tristesse m’étranglent, m’étouffent, me coupent le souffle jusqu’à me donner de violents vertiges, comme si il n’ y avait aucun mot pour traduire ce que je ressens vraiment, comme si la vérité était iracontable. Comme si le monde ne pouvait pas comprendre, et imaginer l’inimaginable.

Et pourtant, je le jure, j’ai vu la pire des choses, j’ai vu la persécution, j’ai vu l’humiliation, j’ai vu l’apartheid, le mépris et le racisme le plus primaire et abject, oui j’ai vu ce qu’on m’avait raconté, j’ai vu LA COLONISATION.

Et même si cela m’est déjà insupportable, désormais je dois vivre avec cette triste réalité et tous ces violents souvenirs, je dois vivre avec cette douleur, cette colère et cette indignation...

Quelle honte, ouais j’ai honte, parce qu’il a fallu que je fasse le voyage pour que la situation des palestiniens me rende complètement malade, il a fallu voir, toucher l’horreur pour savoir qu’elle existe, ouais j’ai honte parce que maintenant je souffre par le simple fait de connaître la vérité, je souffre parce que je me suis attaché à des hommes et des femmes innocents que j’ai laissé dans cette prison à ciel ouvert.

- Mais pourquoi n’ai-je pas ressenti cette empathie et cet amour plus tôt ?

- Pourquoi j’ai pleuré là-bas, et pourquoi je ne pleure pas ici ?

- J’avais peut-être mieux à faire ?

- Me construire une petite vie normale ?

- Jouir simplement de ma liberté, sans me soucier de ceux qui n’y ont pas droit à cette liberté ?

- Pourquoi le sort de millions d’enfants qui vivent comme des parias au pied d’un mur n’était pas au centre de mes préoccupations plus tôt ?

.

Pourtant, mes grands parents m’avaient bien dit qu’il fallait être solidaire avec les palestiniens, eux l’ont toujours été parce qu’ils avaient vécu les mêmes souffrances et les mêmes drames pendant la colonisation en Algérie, eux savent à quel point la colonisation est injuste, eux savent ce qu’est l’interdiction totale d’avoir des projets, de circuler, ou de s’exprimer, eux savent ce qu’est l’interdiction d’être un homme ou d’être une femme. Voilà les raisons pour lesquelles ils se sont révoltés, les raisons pour lesquelles ils se sont battus et ils ont résisté : pour être des hommes et des femmes "libres" et "indépendants".

Ils m’avaient dit aussi qu’il fallait être l’ami du faible, de l’opprimé, de l’agressé et du colonisé, ils m’avaient dit « l’ennemi de mon ami est mon ennemi »

.

Et il a fallu attendre mes 32 ans pour que tout devienne plus clair, pour comprendre et accepter que l’ignorance était une forme d’égoïsme, que la passivité était une forme d’individualisme, que l’indifférence était une forme de complicité et de collaboration avec l’oppresseur.

Mais maintenant je le jure, j’en ai fini avec la complaisance, je serais résistant palestinien avant d’être algérien ou français, je serais palestinien tant que la Palestine ne sera pas PALESTINE.

Saidou Dias (MAP)


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