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Modeste proposition - [Le site de Sindibad]
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Une solution écologique pour le problème palestinien

Modeste proposition

« Pour garantir la sécurité d’Israël et le bien-être des Palestiniens… en attendant la paix qui s’ensuivra peut être. »
vendredi 16 janvier 2009

Aussi, puisqu’il vaut mieux être une fleur, une mangouste, un chien ou un poulet en Israël ou dans les Territoires, plutôt qu’un habitant de Gaza, d’Hébron, de Ramallah, de Naplouse ou de Bethléem, puisque l’eau que reçoivent les légumes et les animaux domestiques des implantations de Gaza est dix fois moins salée que celle que doivent boire les petits Palestiniens des camps voisins, je propose que ces derniers et leurs parents revendiquent pour leur survie et pour leur dignité le droit des animaux reconnu de facto par leur occupant.

Telle est, dans sa candeur, ma modeste proposition.

Modeste proposition

« Pour garantir la sécurité d’Israël et le bien-être des Palestiniens… en attendant la paix qui s’ensuivra peut être. »

Par Jean Olivier Héron

Et voilà comment, pierre à pierre, se construit un peuple amoureux de sa terre, curieux de son passé et si respectueux de son environnement qu’il a renoncé à cueillir la moindre fleur sauvage entre les frontières du pays. Tant si bien qu’on dit : heureux comme un mulot sur la terre d’Israël, heureux comme un daman, comme une tortue, comme une caille jamais chassée, heureux comme une vache de Basan, comme un âne, comme un poulet, heureux comme un Palestinien des Territoires occupés s’il acceptait de renoncer à son statut d’humain pour revêtir l’état de simple mammifère omnivore, de l’ordre des primates, doué d’intelligence et d’un langage articulé. Oui, heureux serait-il puisque l’État hébreu, qui n’a consenti à ratifier la Convention internationale des droits de l’homme qu’en 1991, a toujours tenu en réserve des trésors de compassion pour la faune et la flore du Moyen Orient.

Aussi, puisqu’il vaut mieux être une fleur, une mangouste, un chien ou un poulet en Israël ou dans les Territoires, plutôt qu’un habitant de Gaza, d’Hébron, de Ramallah, de Naplouse ou de Bethléem, puisque l’eau que reçoivent les légumes et les animaux domestiques des implantations de Gaza est dix fois moins salée que celle que doivent boire les petits Palestiniens des camps voisins, je propose que ces derniers et leurs parents revendiquent pour leur survie et pour leur dignité le droit des animaux reconnu de facto par leur occupant.

Telle est, dans sa candeur, ma modeste proposition.

« Le droit des quoi ? s’étrangle l’indigné.

-  Vous avez très bien entendu. Oh, je ne suis pas naïf au point d’imaginer qu’elle puisse être acceptée sans débat par les deux parties, mais je reste confiant sur ses chances d’adoption dans la mesure où les Palestiniens ont déjà fait, à leur corps défendant, plus de la moitié du chemin, et que ma proposition épouse la réalité aussi étroitement que le rouge colle au sang. »

La réalité, en effet, c’est que l’espace en jeu a toujours été trop petit pour les deux peuples, dont un Élu, alors que l’autre se contente, depuis la nuit des temps, d’y résider sans le moindre mandat : le genre de stabilité qui tient lieu de Promesse et d’Élection divine aux lapins de garenne jusqu’à l’arrivée du chasseur.

Personne, bien sûr, n’ose dire à voix haute que le peuple non élu est véritablement inférieur à l’Élu, mais sans doute l’est-il suffisamment quand même pour que ce dernier se soit donné le droit d’accaparer ses terres en toute impunité, de confisquer son eau, d’occuper ses villes, de saccager ses champs, d’arracher ses vergers, d’éventrer ses maisons, de le désespérer, en somme parce qu’en plus d’être Élu, il est le mieux armé après avoir été le plus persécuté.

Ainsi nous trouvons-nous en face de deux droits légitimes : celui du premier occupant, même s’il est impossible de dire si l’actuel Philistin (Palestinien en hébreu) descend en zig ou zag des Hittites, des Cananéens, des Hivvites, des Perizzites, des Girgashites, des Amorites ou des Jébuséens qui peuplaient le pays au moment où Josué entreprit de le conquérir ; et le droit des nouveaux venus, fondé sur une proposition de l’ONU, la force de leurs armes et l’Élection divine.

Je n’ignore pas, bien sûr, que beaucoup contestent ce point, disant que c’est au Corps de l’Humanité toute entière que le Grand Amoureux s’adresse à travers un peuple qui serait- je les cites- « l’ouie de l’Humanité, ainsi que nous l’indique le « Schma Israël (Écoute Israël) ».

« Mais non ! Mais pas du tout ! proteste l’Oreille en question par la voix de l’Indigné. C’est à nous qu’Il s’adresse parce que c’est nous qu’Il aime : nous sommes l’élue, la fiancée, son épouse infidèle sans cesse reconquise…

- Je n’en disconviens pas, mais quand vous dites à votre enfant que vous l’aimez, vous ne parlez pas à son nez, ni à ses yeux, ni à sa bouche, mais c’est avec l’Oreille que votre Parole fait Alliance afin que les mots qu’elle accueille atteignent leur destinataire… »

Cela dit, très humblement soumis à l’autorité de la Sainte Écriture et n’ayant nullement l’intention d’entamer le moindre débat sur les préférences divines, nous laisserons à leurs disputes les théologiens du Grand Corps et les exégètes de l’Oreille pour nous contenter d’observer qu’il ne reste dès lors aux Palestiniens d’autre issue vers la liberté que la voie qui conduit aux mondes parallèles.

EN ÉDEN, UN JARDIN

Je veux parler de ces territoires invisibles dont les frontières s’entrecroisent à la surface de la réalité sans que les hommes songent à en contester la jouissance à ceux qui s’en proclament propriétaires ou citoyens. Cela va des petits empires des fourmis aux royaumes des lutins, en passant par ces domaines que les chiens s’approprient à l’aide de bornes olfactives ou, mieux, par ces régions unanimement protégés que sont les parcs naturels, sanctuaires infrangibles des espèces menacées : en Éden, un jardin dont Israël serait le simple jardinier.

Voilà pourquoi je supplie nos amis palestiniens d’accepter de descendre d’un tout petit degré l’échelle de l’évolution en troquant l’état de sous-homme où ils sont maintenus contre celui des animaux auxquels l’État hébreu, grâce lui en soit rendue, a toujours reconnu une éminente dignité.

Et là, nous retrouvons Loulav et sa maîtresse.

Car ce qui sauve Loulav après son agression, c’est qu’il est chat et que la violence de l’animal n’en fait jamais un ennemi, mais une simple victime dont il convient d’entendre la protestation légitime.

DE L’INNOCENCE DES ANIMAUX

C’est là, on le sent bien, que gît le cœur de ma proposition.

On voit bien, en effet, que si la violence du kamikaze palestinien attire sur tout son peuple les foudres d’Israël, celle du Palestiniensis vulgaris n’aurait d’autre conséquence que d’inciter l’Israélien de bonne volonté à se demander ce qui a bien pu conduire un être aussi doux de nature à transformer en bombes ses chéris, ses enfants, la chair de sa chair. Nul doute que les réponses lui tireraient des larmes.

« Pardon, soupirait-il, le cœur près d’éclater, pour l’eau saumâtre qui monte dans tes puits et ravage les reins de ta progéniture, pardon pour nos punitions collectives, pour nos zones de peuplement et pardon pour les balles qui répondent à tes pierres, pardon pour les maisons détruites et l’aéroport bulldozérisé, pardon pour les meurtres ciblés, pardon pour ton économie ruinée et pour l’enfermement de tas d’innocents dans Gaza, pardon pour les queues qui s’allongent dans l’espoir d’obtenir les autorisations les plus élémentaires, pardon pour le mépris et pardon de nous être rendus intouchables aux yeux des Nations en poussant devant nous nos armées de fantômes tandis que nous nous livrions à nos violences ordinaires…On aura beau prétendre que si l’un devient monstre, c’est que l’autre l’a laissé faire, moi je dis que le chat ne griffe pas sans raison et que le chien qui mord est moins coupable que son maître. Qui a fait de vous, à la fin, ces pit-bulls enragés que vous êtes devenus ? »

Alors séchant leurs larmes, ils se mettraient à faire le nécessaire afin de retrouver les chemins de la paix.

Extrait de "Modeste proposition" de Jean Olivier Héron qui fut, avec Pierre Marchand, cofondateur de Gallimard jeunesse, a été le conseiller éditorial du Guide Gallimard de Terre sainte, ce qui lui a permis de nouer un riche réseau d’amitiés tant du côté palestinien qu’israélien. Il est également romancier (dernier ouvrage paru Arrête de faire des miracles !, Grasset) et auteur de livres pour enfants (il a été en 2001 lauréat du prix Alphonse-Daudet, décerné par l’académie Concourt).


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