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La mort de la politique arabe de la France

Les Néo-cons d’Orsay

Affaires pas si étrangères, par Jean A. Rossignol
samedi 14 février 2009

Les Néo-cons d’Orsay

Affaires pas si étrangères | vendredi, 13 février 2009 | par Jean A. Rossignol

Publié sur Bakchich

Les factures étrangères et la polémique Kouchner ne masquent pas la vrai rupture sarkozienne. Le retour de la France, de plain-pied, dans le giron atlantiste. Décryptage.

Affaire Kouchner : que l’accessoire ne fasse pas oublier l’essentiel en trois points.

1) Kouchner a « trahi », oui trahi la gauche pour des raisons de bien être personnel. Il voulait la place à n’importe quel prix et au prix de n’importe quel reniement.

2) Kouchner a opté pour les choix internationaux de la droite américaine qui se trouve être les mêmes que ceux de son ami Sarkozy.

3) Kouchner est, ainsi le symptôme baroque de la vraie rupture sarkozienne, celle qui casse avec quarante de diplomatie gaullienne et qui font revenir la France dans le Commandement intégré de l’OTAN par la plus petite porte, c’est-à-dire sans aucune espèce de contrepartie diplomatique ni militaire.

Déchiraquisation diplomatique et vraie rupture

Restait à faire le ménage en « déchiraquisant » la place et en dénichant les perles rares susceptibles d’assurer la mise en œuvre technique de cette « nouvelle diplomatie » française.

Amorcée sous Philippe Douste-Blazy, le prédécesseur de Bernard, cette « rupture » passe par la Direction générale des affaires politiques et de sécurité, l’un des postes clefs du Quai. Dans un premier temps, il s’agit de libérer ce poste stratégique en virant Stanislas Lefebvre de Laboulaye, dit « Stan », style classique Quai traditionnel, haut fonctionnaire affable et irréprochable mais marqué chiraquien.

Reste ensuite à trouver la perle rare pour le remplacer, qui soit à la fois Kouchnéro-compatible et adoubé par l’Elysée. Après plusieurs casting infructueux, un constat s’impose : qui peut le mieux incarner la « nouvelle diplomatie française » et ses rééquilibrages en faveur de Washington et de Tel-Aviv sinon l’un de nos anciens ambassadeurs dans ces deux capitales ?

Araud sur le baudet

Les choix les plus simples sont souvent les meilleurs. Bernard et l’Elysée sont aux anges parce qu’ils tiennent la perle rare. Elle s’appelle Gérard Araud. Ce diplômé de l’Ecole polytechnique et de l’ENA présente bien des avantages. Il a été premier secrétaire à Washington (1987-1989) ; deuxième conseiller au même poste (1989-1991) ; représentant permanent adjoint à la délégation de la France à l’OTAN à Bruxelles (1995-2000) et surtout, ambassadeur à Tel-Aviv de 2003 à 2006. Certes, s’il a passablement critiqué ses hôtes à la marge, il s’est imposé comme l’artisan de la doctrine néo-con à la française qui repose sur trois principes simples et une conclusion épistémologique :

1) Il n’y a plus de problème palestinien ;

2) Le monde arabo-musulman ne pèse pas dans les relations internationales ;

3) L’alliance chromosomique de la France éternelle doit s’effectuer, sans retenue aucune et quoiqu’il arrive, avec les Etats-Unis d’Amérique. Conclusion : supériorité incontestable d’une fraction de l’humanité sur les autres. Surnommé par ses pairs « Condoleezza », Gérard Araud va jouer de son influence pour promouvoir son ancien patron à l’OTAN : Gérard Errera.

C’est le deuxième étage de la fusée néo-con à la française. Enarque, lui-aussi ; deuxième puis premier secrétaire à Washington (1971-1975) ; consul général à San Francisco (1982-1985) et ambassadeur représentant permanent de la France à l’OTAN à Bruxelles (1995-1998) ; puis ambassadeur à Londres (2002-2007) - où « il était plus briton que les Britons » disent ses anciens collaborateurs à ce poste - avant d’être rappelé par Bernard, qui apprécie beaucoup son style courtisan, à la tête de l’administration centrale comme secrétaire général du Quai en décembre 2007. « C’est un vrai méchant », disent nombre d’ambassadeurs qui ont eu à subir ses arbitrages, « un vrai méchant dans le sens teigneux et rancunier du terme », souligne l’un de ses vieux amis haut-fonctionnaire en poste à Bruxelles. Néo-con de circonstance, il n’est pas doctrinaire et cultive le pragmatisme utile comme personne. D’autres diplomates considèrent qu’il aurait pu servir bien d’autres administrations. Il pousse son fils Philippe au cabinet de Kouchner. En effet, Philippe Errera, c’est le troisième étage de la fusée. Enarque comme papa, il a aussi fait ses premières classes de diplomate au Département d’Etat à Washington. Il a même été question de le nommer directeur-adjoint du cabinet du ministre, mais vu la levée de boucliers à l’intérieur de la maison, Bernard a reculé in extremis. Parfaitement incompétent sur les réalités proches orientales et pour en masquer l’étendue de son ignorance, il cite constamment l’historien Bernard Lewis, la référence préférée des Néo-cons américains.

Travailleur consciencieux, il met en forme la « pensée » de Gérard Araud et assure l’interface idéologique avec le ministère de la Défense, par l’intermédiaire de l’homme du Quai chez Hervé Morin : le diplomate Michel Miraillet.

Détaché auprès du ministère de la Défense en qualité de directeur chargé des affaires stratégiques depuis août 2007, Michel Miraillet a été en poste aux Nations unies à New York puis deuxième conseiller au Caire (1995-1997). Marié à une africaine, il ne garde pas un très bon souvenir de ce séjour. Lui aussi est passé par l’OTAN à Bruxelles, intégré à l’équipe Errera/Araud (1997-2000) avant d’être nommé deuxième conseiller à Tel-Aviv (2000-2004) et de retrouver Gérard Araud comme chef de poste, sinon comme gourou. Porteur de la parole néo-con à la française, les officiers supérieurs et généraux se méfient de lui parce qu’il ne cesse de préconiser des plans d’attaques interarmées contre l’Iran, la Syrie et le Hezbollah libanais. La délicieuse Rama, nymphe de ces bois

Le tableau de la galaxie néo-cons à la française ne serait pas complet sans la délicieuse Rama Yade, secrétaire d’Etat chargé des affaires étrangères et des droits de l’homme. Porteuse d’un discours droit-de-l’hommiste à géométrie variable et des indignations sélectives de la famille néo-cons, madame Yade s’active beaucoup pour faire libérer le soldat « franco-israélien » Gilad Shalit. Et lorsqu’on lui demande pourquoi elle ne déploie pas la même énergie pour le jeune franco-palestinien Salah Hamouri, condamné à sept ans de bagne par les sections spéciales des tribunaux militaires israéliens, elle répond invariablement sans ciller que ce dernier a été normalement jugé par la justice israélienne et que « ce dossier est une affaire intérieure israélo-israélienne ». Kouchnérienne et néo-con aléatoire, elle reste en liaison permanente avec l’Elysée et s’occupe de sa carrière qui s’annonce des plus brillantes.

Dernière initiative de Madame Yade et de Bernard : la nomination de François Zimeray, ancien vice-président de la commission d’études politiques du CRIF, comme « ambassadeur pour les Droits de l’Homme ». Membre de la Commission des Affaires Étrangères et de la Politique de défense du Parlement européen, il s’y illustra notamment en entraînant la majorité du Parlement européen dans sa demande de commission d’enquête parlementaire sur l’usage des fonds européens par l’Autorité Palestinienne.

Enfin, la cerise sur le gâteau néo-con du Quai, c’est Alain Joyandet, secrétaire d’Etat chargé de la coopération et de la francophonie qui a succédé à Bockel le 18 mars 2008. Lui aussi a été imposé à Bernard par l’Elysée en remerciement de ses bons et loyaux services de secrétaire national de l’UMP chargé des fédérations. C’est dire s’il connaît l’international, mais il a appris à apprécier Bernard et Bernard le ménage tout particulièrement parce qu’il incarne la politique de coopération versus Elysée.

Fils d’un père hôtelier-restaurateur devenu marchand de bestiaux et d’une mère commerçante, il suit des études secondaires au lycée Montchapet à Dijon et puis au Lycée Cournot à Gray et entame des études de médecine à Dijon avant de bifurquer vers le journalisme. Il travaille alors pour la Presse de Gray et fonde ensuite la Presse de Vesoul, puis Radio Val-de-Saône (RVS) à Vesoul en 1981, et enfin l’Hebdo de Besançon. Alain Joyandet se lance ensuite dans l’édition en créant le Groupe des éditions comtoises (Grec SA) en 1986, ainsi qu’un atelier de photogravure. Il est président du club de football USFC-Vesoul entre 1986 et 1995. Fort ce cette longue expérience de self-made-man, il est devenu le porte-parole de la pensée économique des néo-cons à la française et ne manque jamais une occasion de citer et défendre le fameux discours de Dakar de Sarkozy sur l’homme africain.

Outre le président de la République, son héros et sa référence préférée n’est autre que Pierre Poujade. Transposé au domaine de la coopération internationale, cet apport conceptuel produit des résultats curieux en produisant des idées simples sur l’Afrique compliquée. Au quotidien Libération qui l’interroge sur l’aide publique française au développement à la veille du dernier sommet de Doha en décembre 2008, il n’hésite pas à donner en exemple aux Africains « les pays émergeants qui ont su se prendre en main… » Comme disait Guizot « Enrichissez-vous » et le président Sarkozy « Entrez dans l’histoire », Alain Joyandet invite les Africains à se prendre en main sans attendre l’aide internationale : « Qu’est-ce que la France a fait après la Seconde guerre mondiale ? Il faut faire pareil : des barrages, des routes, etc ». Certes, il fallait oser la comparaison.

Autre recommandation de poids et quintessence du message : « il faut sortir du débat trop exigu sur l’aide publique au développement (APD). Je ne veux pas contourner nos engagements, mais il y a d’autres moyens que la seule aide budgétaire » . Outre que cette dernière affirmation constitue une belle dénégation - la France ne tient ni les engagements des objectifs du millénaire des Nations unies qu’elle a pourtant ratifiés, ni n’augmente son aide selon les critères reconnus par les institutions internationales , Alain Joyandet ment effrontément sur les chiffres : « L’Agence française de développement (AFD) va développer à ma demande : 1 milliard d’euros de projets publics-privés. Par ailleurs, deux fonds de garanties et d’investissement de 250 millions d’euros chacun, hors budget, seront opérationnels en 2009 ». En clair, l’Etat français n’est plus capable d’allouer de « dons/projets » - cœur de l’aide publique au développement - mais seulement des prêts bancaires dits « souverains » (aux Etats) et « non-souverains » aux institutions publiques et para-publiques. Un sacré vendeur de cravates ce secrétaire d’Etat, mais parfaitement en phase avec le cœur de l’idéologie des néo-cons à la française : le privé doit se substituer aux mécanismes de l’aide publique au développement afin de favoriser le désengagement de l’Etat. En deux mots : « aide-toi le ciel t’aidera… »


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