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Par Sara Flounders

Les tunnels de Gaza

Une économie souterraine et un symbole de résistance
samedi 21 février 2009

Les tunnels de Gaza

Une économie souterraine et un symbole de résistance

Par Sara Flounders Publié le 8 février 2009 sur le site de Michel Collon

La résistance revêt autant de formes que la vie elle-même n’en prescrit. La vie à Gaza ne pourrait être plus impossible. Ses tunnels sont un symbole de résistance.

Voici un an et demi, furieux de voir que, lors d’élections démocratiques, les Palestiniens avaient voté pour la direction militante du Hamas, Israël avait imposé un embargo total à toute la population de Gaza.

Mais le peuple tout entier était bien décidé à poursuivre sa résistance et avait trouvé le moyen de contourner cette famine imposée.

Le blocus israélien a débouché sur une nouvelle structure économique, une économie souterraine. Les Palestiniens assiégés ont creusé plus d’un millier de tunnels sous une frontière hermétiquement fermée. Aujourd’hui, des milliers de Palestiniens s’emploient à creuser pour passer en fraude, transporter ou revendre des denrées essentielles. Cette contrebande représente en gros 90 pour cent des activités économiques à Gaza, a déclaré un économiste local, Omar Shaban, au Guardian (22 octobre 2008).

Les tunnels révèlent la grande ingéniosité et l’énorme détermination de la population tout entière et de ses dirigeants.

Du fait que des millions de Palestiniens se sont vu imposer le statut de réfugiés en dehors de la Palestine historique, de nombreuses familles élargies des deux côtés de la frontière s’arrangent pour acheter et acheminer des marchandises ou envoyer des fonds de sorte que leurs parents enfermés à Gaza puissent acheter des denrées essentielles. Les tunnels relient la ville égyptienne de Rafah et le camp de réfugiés palestiniens du même nom à l’intérieur de Gaza. C’est devenu un réseau fantastique et vital de couloirs creusés dans un sous-sol sablonneux. Un tunnel typique fait environ 500 mètres de long, à une profondeur de 14 ou 15 mètres. Chacun coûte entre 50.000 et 90.000 $ et requiert plusieurs mois d’intense labeur.

Ces tunnels passent sous la zone tampon de Philadelphi – une bande de terre à la frontière, placée sous contrôle militaire israélien en vertu des accords d’Oslo de 1993.

Le siège de Gaza par les Israéliens, auquel ont succédé 23 jours de bombardements systématiques et une invasion, a provoqué des destructions massives et des pénuries. Des usines de transformation des aliments, des élevages de volailles, des silos à grain, les stocks de nourriture des Nations unies et presque toutes les infrastructures encore existantes, sans oublier 230 petites usines, ont été détruits. Aujourd’hui, des centaines de camions chargés de produits essentiels, et affrétés par des organisations internationales et humanitaires, se trouvent en dehors de la bande tandis que les gardes israéliens leur refusent l’accès à Gaza. Dès que les bombardements ont cessé, les travaux dans les tunnels ont repris.

Lara Marlowe a écrit depuis Rafah :

« À distance, vous croiriez qu’il s’agit un projet d’horticulture. Des talus de terre rouge s’entrecroisent sur la partie palestinienne du no man’s land entre Gaza et l’Égypte. Tous les 20 ou 30 mètres, de jeunes Palestiniens travaillent en dessous de ce qui est, en fait, des serres bâchées.

« Les tunnels de Rafah – il y en a plus de mille – sont un enjeu majeur, dans la guerre entre le Hamas et Israël. Israël veut la fermeture des tunnels ; les Palestiniens disent qu’ils mourraient de faim, sans eux, à cause des 19 mois de siège de la bande de Gaza par Israël. Malgré trois semaines de lourds bombardements, la majorité des tunnels sont ouverts.

« La zone compte autant de trous qu’un fromage suisse. ‘Parfois les tunnels se croisent’, dit un ouvrier. ‘Nous tentons d’éviter la chose. Nous passons en dessous ou au-dessus des autres tunnels. C’est comme diriger le trafic ferroviaire.’

« Les contrebandiers travaillent en jeans, t-shirts et les pieds nus. ‘Nous étançonnons les tronçons effondrés avec du bois’, explique Hamdam [un perceur de tunnel]. ‘Si les Israéliens bombardent à nouveau, nous utiliserons du métal, la prochaine fois et, après ça, du béton. Aussi longtemps que durera le siège, les tunnels continueront à servir.’ » (Irish Times, 26 janvier)

La nourriture est halée à l’aide de traîneaux en plastique. Le bétail est acheminé via des tunnels plus larges. Farine, lait, fromage, cigarettes, huile de cuisson, dentifrice, petits générateurs, ordinateurs et poêles au kérosène viennent par les tunnels. Chaque jour, entre 300 et 400 petites bombonnes de gaz pour cuisiner traversent les lignes. Du côté égyptien, le commerce soutient l’économie interrompue pendant que les officiers et les gardes, soit parce qu’on les a achetés, soit par sympathie, regardent de l’autre côté.

L’électricité et des ventilateurs assurent la ventilation. Les marchandises essentielles sont acheminées par les tunnels et le carburant diesel est pompé à l’aide de tuyaux flexibles et de petites conduites.

Rami Almeghari, rédacteur en chef du Service palestinien d’information installé à Gaza et contributeur de la publication The Electronic Intifada, a décrit l’organisation qui poursuit le creusement et l’entretien des tunnels. Le gouvernement de Gaza dirigé par le Hamas a imposé des réglementations et des restrictions au commerce des tunnels afin d’éviter les accidents et d’empêcher la contrebande de drogues et autres substances prohibées. « Toutefois, le gouvernement du Hamas en état de siège ne peut garantir un terme au commerce des tunnels, tant que les Israéliens ne cesseront par leur blocus. »

Almeghari a interviewé un travailleur des tunnels au moment où il chargeait des bidons d’huile de cuisson : « Laissez les Israéliens nous assiéger de la façon qu’ils veulent, et nous, nous ramènerons ce que vous voulons. À la fin de la journée, nous ne laisserons personnes nous opprimer. »

Xinhua News intitulait un article du 22 janvier : « En dépit de l’offensive israélienne, les tunnels de Gaza se sont remis à fonctionner. » « Nous creusons des tunnels parce que nous n’avons pas d’autre choix. Israël a imposé un blocus très dur à la bande de Gaza et les tunnels étaient la manière la plus habile de déjouer ce blocus », a déclaré Hashem Abu Jazzar, un travailleur de 23 ans, dans Xinhua News.

« Tant qu’Israël continuera à assiéger la bande de Gaza, je ne pense pas que nous cesserons de travailler dans les tunnels, mais si les points de passage sont ouverts tous et en permanence, je crois que le travail dans les tunnels cessera aussitôt », a dit Abu Jabal, 45 an, propriétaire d’un tunnel.

Les tunnels commerciaux ne sont utilisés que pour la nourriture, le carburant, les médicaments et les denrées de première nécessité. D’autres tunnels entièrement séparés sont utilisés par des groupes de résistance afin de faire venir des armes légères et des munitions. Israël prétend que ses F-16 larguent des centaines de tonnes de bombes sur les tunnels afin d’arrêter les roquettes palestiniennes. Mais couper vivres et fournitures à toute une population ou bombarder les tunnels qui aident cette dernière à survivre n’empêchera jamais les lancements de roquettes.

Une population avec du savoir-faire, de l’éducation, un chômage massif, du temps à revendre et pas d’avenir sera capable de construire des roquettes, des mortiers, des pipe-bombs et des mines avec les tonnes de ferrailles et de ruines tordues qu’Israël a laissées derrière lui. Le blocus continuel est strictement punitif.

L’armée israélienne et ses appuis du Pentagone sont profondément frustrés. Les bombardements ne sont pas parvenus à démoraliser le peuple palestinien ni à briser sa volonté. Il est tout aussi évident que les bombardements massifs de la frontière du côté de Rafah, ainsi que le fait d’avoir pris pour cibles des centaines de tunnels n’ont pu non plus couper ces lignes vitales d’acheminement de vivres et autres fournitures essentielles.

Le 1er février, Israël a recommencé à bombarder la frontière, visant une fois de plus les tunnels.

Ce qu’il faut, c’est une vaste campagne internationale pour exiger que soit mis fin à cette punition collective infligée par Israël avec le soutien des États-Unis et à cette famine volontaire imposée à toute une population.

La seule possibilité de paix dans la région ne peut se faire que via la reconnaissance des pleins droits du peuple palestinien à rentrer au complet dans son pays. Sa souveraineté et son développement économique doivent être garantis.

Ce siège visant à affamer entièrement la population doit être levé. Le mouvement international qui est né par solidarité avec Gaza doit focaliser l’attention du monde sur ce crime de guerre international.

Retrouvez bien plus sur le site www.michelcollon.info


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