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Bush sous pression. Par Denis Sieffert (Politis)

samedi 16 décembre 2006 par Sindibad

Bush sous pression

Denis Sieffert

Nul ne peut prédire ce que sera le destin du rapport Baker-Hamilton publié le 6 décembre, mais il représente d’ores et déjà un camouflet pour George W. Bush et les néoconservateurs qui ont inspiré sa politique internationale. Car il ne s’agit pas seulement d’une critique des choix du Président américain, mais d’une vision radicalement opposée à celle qui prévaut depuis le 11 septembre 2001. C’est l’idéologie calamiteuse du « choc des civilisations » qui est en cause. Àpeu de chose près, l’ancien secrétaire d’État (du temps de Bush père) et son compère démocrate, Lee Hamilton, transgressent tous les interdits qui avaient été fixés par l’actuel Président. Au contraire de celui-ci, la commission ne triche pas avec la réalité irakienne (« La situation est grave et va en se détériorant »). Et, partant de ce constat alarmant mais lucide, elle recommande que les États-Unis tentent « d’engager un dialogue constructif » avec l’Iran et la Syrie. C’est tout « l’Axe du mal » qui vacille. Plus étonnant encore : James Baker, Lee Hamilton et les huit autres membres de la commission reconnaissent la centralité du conflit israélo-palestinien. Ils écrivent cette phrase qui constitue le plus cinglant désaveu de la politique de Bush junior : « Les États-Unis ne pourront atteindre leurs objectifs au Moyen-Orient s’ils ne traitent pas le problème du conflit israélo-palestinien. » Ils en appellent directement à George W. Bush pour qu’il respecte « ses engagement pris en juin 2002 » en faveur des « deux États ». Et jugent que cet engagement « doit inclure des pourparlers directs avec, par et entre Israël, le Liban et les Palestiniens ». Condamnation de l’unilatéralisme, donc ! Aussi bien américain qu’israélien.

Seule dérobade, à propos du Hamas. Les rapporteurs suggèrent de limiter les contacts aux Palestiniens « qui reconnaissent à Israël le droit d’exister ». Mais on peut aussi imaginer que si cette politique nouvelle venait à être mise en oeuvre la dynamique pourrait faciliter la formation d’un gouvernement palestinien d’union nationale. Dans leur « recommandation n° 14 », MM. Baker, Hamilton et consorts estiment qu’il faut « le plus tôt possible » convoquer, « sous l’égide des États-Unis ou du Quartet » (États-Unis, Russie, Union européenne et Nations unies), des rencontres, d’une part, entre Israël, le Liban et la Syrie, et, d’autre part, entre Israël et les Palestiniens. Ils ressortent d’une épaisse couche de poussière les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité des Nations unies, que l’État hébreu n’a jamais voulu appliquer. Et ils évoquent explicitement les « frontières », les « colonies de peuplement », « Jérusalem », et last but not least, « le droit au retour » des Palestiniens expulsés en 1948. Et ils estiment que « dans le cadre d’un accord de paix global et solide, les Israéliens doivent restituer le plateau du Golan » (à la Syrie)... On se frotte les yeux pour y croire. Bien sûr, le vieux James Baker, 76 ans, n’a pas la sensibilité de l’administration actuelle sur ce sujet ultra-névralgique. On se souvient qu’il fut en 1991 l’artisan de la conférence de Madrid qui mit pour la première fois face à face dans une enceinte officielle (aux prix de quelques contorsions diplomatiques) Israéliens et Palestiniens. Ce n’est donc pas tout à fait Paul Wolfowicz ou Dick Cheney. Mais tout de même !

La question aujourd’hui est de savoir ce que va faire George W. Bush d’un tel brûlot. Pour l’heure, il consulte. On lui prête l’intention de suivre un certain nombre de prescriptions de la commission Baker à propos de l’Irak, et cela avant Noël. Peut-être pour enterrer une nouvelle fois tout espoir dans le conflit israélo-palestinien. Mais l’explosion couve aussi au Liban. Et la grille de lecture américaine (la plupart de nos médias ne vont pas plus loin) selon laquelle on assisterait à une guerre larvée entre pro et anti-Syriens est de moins en moins pertinente. Non seulement parce que les chrétiens maronites du général Aoun, pas vraiment « pro-Syriens », sont associés aux grandes manifestations du Hezbollah et des chiites du mouvement Amal, mais surtout parce que ces foules immenses, qui occupent depuis plusieurs jours le centre de Beyrouth, sont beaucoup plus hétéroclites qu’on ne le dit. On imagine mal que tous ces gens soient là uniquement pour plaire au régime de Damas. On en revient à la complexité du Hezbollah, qui n’est pas seulement le « Parti de Dieu », mais aussi un mouvement social pour les populations les plus déshéritées du sud-Liban, et, de surcroît, le symbole de la résistance anti-israélienne. Histoire de rappeler que la situation au Liban n’est pas indépendante du conflit israélo-palestinien. Ce qui nous ramène à l’analyse faite par la commission Baker. Jamais peut-être constat venu des classes dirigeantes américaines n’aura été aussi lucide. Cesont pour nous des évidences, maissous la plume d’un cacique du Parti républicain, cela peut surprendre, et cela doit servir... Il faut espérer que l’Union européenne et la France s’en emparent pour exercer une forte pression sur une administration aux abois.

Politis. Editorial,14 décembre 2006.


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