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Etat Palestinien

L’hypocrise d’Obama sur la Palestine

Par Abdel Bari Atwan
jeudi 22 septembre 2011

Nous souhaitons que le président Abbas ajoute à son discours à l’ONU une phrase qui dira : « Président Obama, vous êtes intervenu avec vos avions, vos missiles et l’OTAN en Libye en Irak et en Afghanistan en prétendant soutenir leurs peuples et leur combat pour la libération, et vous utilisez à présent votre veto contre la peuple palestinien pour lui refuser les droits fondamentaux que vous avez été parmi les premiers à reconnaître. Vous demandez à ce peuple d’obtenir un Etat grâce à des négociations avec son ennemi, mais c’est quelque chose que vous n’avez pas demandé ni aux Libyens, ni aux Irakiens, ni à d’autres. Assez d’hypocrisie. »

L’hypocrise d’Obama sur la Palestine

jeudi 22 septembre 2011 - Abdel Bari Atwan

Article publié sur : www.info-palestine.net

Cette initiative du président Abbas [président autoproclamé, sans mandat électif et par le bon vouloir d’Israël et des Etats-Unis - N.d.T] est une aventure pleine de dangers personnels et nationaux. Se présenter devant le Conseil de sécurité de l’ONU [UNSC] pourrait signifier ne pas obtenir les neuf voix favorables requises par les procédures pour pouvoir ensuite se présenter devant l’Assemblée générale des Nations Unies. Mais même au cas où il obtiendrait ces voix, le « veto » Etats-Unis est prêt. L’envoyé de la Palestine auprès de l’ONU, Riyad Mansour, a exprimé ses craintes que les Etats-Unis décident de ne plus assumer leurs obligations et ait recours au gel de l’application des résolutions du Conseil de Sécurité pendant plusieurs mois, exploitant l’examen et la consultation [de la demande palestinienne] comme une excuse.

La reconnaissance d’un statut de membre observateur - ou même d’Etat à part entière - si elle était obtenue, sera une victoire « morale » qui ne changera rien sur le terrain, malgré toutes les tentatives « d’embellissement » par la machine médiatique qui accompagne le président palestinien. Mais dans une époque dominée par les défaites et « l’immobilisme » des responsables palestiniens, de petites victoires sont gonflées hors de toute proportion.

Le président Abbas est allé à l’ONU pour obtenir la reconnaissance d’un état imaginaire, sans territoire, ni frontières ni souveraineté, dans une position désespérée et faible, une fois fermement convaincu par 20 ans de négociations humiliantes et ignominieuses, de l’impossibilité d’un Etat palestinien indépendant dans le cadre des accords d’Oslo.

Lui, le président Abbas a donc décidé que l’histoire se souviendrait de lui, même si ce n’est qu’avec une seule ligne écrite, comme celui qui a réalisé cet Etat même si ce n’est que sur le papier. Après quoi il prendrait sa retraite de l’ANP [Autorité Nationale Palestinienne] assuré d’avoir réalisé quelque chose.

Cette étape a pris le peuple palestinien par surprise, comme l’ont fait les autres étapes et les accords d’Oslo. Le président de l’ANP n’a consulté personne et n’a réuni aucune assemblée nationale ou législative, même pas une conférence pour mettre ensemble un groupe de personnes qualifiées représentant les diverses tendances, opinions, et expertises, et pas même les parties impliquées dans la réconciliation palestinienne formalisée par l’accord du Caire. Le président a décidé et le peuple n’a qu’à obéir et à soutenir... C’est une situation extrêmement dangereuse dont beaucoup de monde s’inquiète.

Ceux qui sont proches du président affirment qu’aller à l’ONU gêne les Israéliens et place le président américain et son administration dans une position embarrassante, mais cela trouble aussi le peuple palestinien et certains de ses intellectuels. Mais qu’ils soient en faveur de cette étape ou qu’ils y soient opposés, cela est devenue sans incidence.

Soutenir la décision [d’Abbas] signifie faire courir des risques à plusieurs droits légitimes, tels que celui de sacrifier le droit au retour, de faire en sorte que l’OLP ne représente plus le peuple palestinien dans sa patrie et dans la diaspora, et celui de réduire les demandes légitimes du peuple palestinien à moins de 20% de la terre historique de Palestine.

Comme les nouvelles résolutions des Nations Unies invalident automatiquement les précédentes, la nouvelle résolution annulera les plus anciennes. Ceci est une règle connue en droit. La reconnaissance d’un Etat dans les frontières de 1967 pourrait entraîner l’annulation de la résolution de partitionnement N°181 et de la résolution 194 qui garantit le droit au retour. Les Israéliens prétendront - et combien ils sont qualifiés dans l’art des arguties - que ce droit est maintenant limité à l’Etat palestinien dans ses frontières déterminées par la nouvelle résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies. Ils pourraient même aller plus loin et imposer l’application d’un droit de retour à l’encontre des citoyens arabes vivant dans la Palestine occupée en 1948.

Quant à ceux qui s’opposent à cette étape, on pourrait penser qu’ils s’opposent au soi-disant projet national palestinien dont les hommes de l’ANP parlent beaucoup ces jours-ci, qu’ils se tiennent dans la tranchée du côté d’Israël et qu’ils ne veulent pas provoquer l’administration américaine en la mettant dans l’embarras à devoir utiliser son droit de veto. Ce sont des accusations honteuses en plus d’être inacceptables et elles reflètent une sale mentalité de recours au chantage et à l’exclusion.

Nous nous leurrons si nous acceptons la logique sur laquelle s’appuient les partisans de cette étape, comme quoi la reconnaissance de la Palestine en tant que membre de l’ONU ou comme pays observateur transformera l’occupation et l’agression israélienne en occupation par un pays d’un autre pays également membre des Nations Unies, et permettra ainsi aux Palestiniens de se défendre devant la Cour pénale internationale ( dont Israël n’a pas signé la charte) et donc de poursuivre les criminels de guerre israéliens. Cette vue pourrait être juste en théorie, mais elle n’a aucune valeur sur le terrain. Les Etats-Unis ont agressé et occupé l’Irak et l’Afghanistan et Israël a attaqué le Liban, un État membre, et occupé ses territoires comme il occupe le territoire syrien aujourd’hui et viole les frontières égyptiennes en allant assassiner six soldats égyptiens.

Nous avons le rapport Goldstone, qui a confirmé l’implication de l’armée israélienne dans des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité dans la bande de Gaza. Nous avons la décision de la Cour internationale de Justice qui a jugé illégal le mur raciste en Cisjordanie. Qu’ont fait les Nations Unies pour nous ? Et en quoi un acte d’accusation international nous bénéficie-t-il ?

Le président Mahmoud Abbas tente d’être ferme, jouant une guerre politique et diplomatique, défiant les Américains et les Israéliens, et mobilisant la communauté internationale contre eux. Cela fait plaisir à voir et c’est un effort réel. Mais cela évite de devoir faire face à la réalité que vit la société palestinienne. C’est contre l’occupation israélienne, les colonies, et le pillage des terres et des ressources palestiniennes que doit être menée la bataille d’Abbas.

Les peuples arabes nous ont donné et nous donnent encore d’éloquentes leçons, et non en changeant le statu quo mais en chassant des dictatures profondément enracinées dans la corruption et la répression et qui empêchent toute autre solution. Mendier pour des solutions et une reconnaissance ne change rien, et si cette dernière change quelque chose ce sera pour le pire. Les résultats catastrophiques des accords d’Oslo sont toujours sous nos yeux sous la forme de colonies juives de peuplement, de l’humiliation et de la judaïsation de Jérusalem.

Le printemps palestinien ne doit pas seulement aboutir à une floraison aux Nations Unies, mais aussi dans les territoires palestiniens. Il serait scandaleux que [les Palestiniens] qui sont un des détonateurs de la révolution [arabe] et le modèle absolu d’une situation d’injustice, soient les derniers à prendre le train des révolutions arabes, avec leurs terres toujours occupées, un ennemi plein d’arrogance, et des responsables faibles et paralysés isolés de leur peuple et de la réalité arabe.

Nous allons certainement rester dans la tranchée d’une confrontation avec les Israéliens et les Américains à l’ONU, mais, en même temps, nous n’abandonnerons pas nos réserves, nos craintes, et notre insistance sur les constantes palestiniennes. Nous allons aussi persister à considérer toute victoire à l’ONU comme incomplète tant qu’elle n’est pas suivie par une Intifada populaire qui épuise l’occupation israélienne et la rend coûteuse politiquement et militairement.

Nous voulons voir 100 000 manifestants chaque vendredi au Square Al-Manarah à Ramallah, ou aux barrages routiers de Qalandiya qui privent les différentes générations de Palestiniens de voir Jérusalem et d’aller prier à la Mosquée Al Aqsa. Nous voulons voir l’ANP au service du peuple et non occupée à anesthésier ce peuple avec de minuscules initiatives visant à obtenir un état imaginaire.

Israël ne fait qu’à chaque fois relever le seuil de ses exigences et présente chaque jour une nouvelle demande, comme la reconnaissance d’Israël comme Etat juif afin d’expulser les Arabes pendant que nous-mêmes ou nos dirigeants ne cessons d’abaisser le niveau de nos revendications. La réponse idéale à Israël et à son aile d’extrême-droite n’est pas la demande d’une reconnaissance d’un Etat dans les frontières de 1967, mais d’un état civil démocratique sur toute la terre palestinienne, où les religions et les communautés coexisteront sur un pied d’égalité. Proclamons l’échec de la solution à deux Etats, et relançons l’OLP et ses institutions sur des bases scientifiques et réformistes qui intègrent les différentes générations palestiniennes, luttent pour le changement, se débarrassent de ses chairs mortes et pompe un sang neuf.

Israël est internationalement isolé, pas à cause de la lutte des Palestiniens, mais d’une part en raison de ses grossières erreurs, et d’autre part en raison de l’arrogance de ses dirigeants et des révolutions arabes qui ont renversé et renversent tous ses alliés ou régimes qui cèdent devant son terrorisme. Les Palestiniens et les Arabes doivent approfondir cet isolement grâce à une pression interne encore plus forte sur l’occupation et ses colons. Mais cela ne s’est pas encore produit..

Qui aurait cru que la Turquie, grand allié d’Israël dans la région et dans le monde islamique, se retournerait contre l’Etat sioniste, expulserait son ambassadeur et gèlerait toutes les relations commerciales et militaires ? Qui aurait imaginé que les révolutionnaires égyptiens investiraient l’ambassade israélienne au Caire, la vidant de son contenu, escaladant ses murs et obligeant ses diplomates à se sauver par la porte arrière comme des rats apeurés en quête de sécurité et en se coiffant du koufiyah palestinien qu’ils ont tant haï et combattu depuis si longtemps parce que symbole de dignité et de résistance ?

Enfin, nous disons au président Abbas de ne pas trop compter sur les victoires diplomatiques, malgré leur importance, et de revenir aux principes premiers de la résistance et de terminer sa carrière avec une victoire réelle sur le terrain et non pas avec une nouvelle résolution des Nations Unies. Il faut libérer le peuple palestinien de l’esclavage des salaires versés [par les donateurs via l’AP - N.d.T], et donner la priorité à l’intérêt national sur les conditions de vie qui génèrent la morosité que nous constatons aujourd’hui.

Nous souhaitons que le président Abbas ajoute à son discours à l’ONU une phrase qui dira : « Président Obama, vous êtes intervenu avec vos avions, vos missiles et l’OTAN en Libye en Irak et en Afghanistan en prétendant soutenir leurs peuples et leur combat pour la libération, et vous utilisez à présent votre veto contre la peuple palestinien pour lui refuser les droits fondamentaux que vous avez été parmi les premiers à reconnaître. Vous demandez à ce peuple d’obtenir un Etat grâce à des négociations avec son ennemi, mais c’est quelque chose que vous n’avez pas demandé ni aux Libyens, ni aux Irakiens, ni à d’autres. Assez d’hypocrisie. »

Mais ce n’est pas Obama, encore moins Sarkozy, Blair, Cameron, et Angela Merkel, ni les autres hypocrites qui devraient avoir le plus honte, mais nous les Arabes...

* Abdel Bari Atwan est palestinien et rédacteur en chef du quotidien al-Quds al-Arabi, grand quotidien en langue arabe édité à Londres. Abdel Bari Atwan est considéré comme l’un des analystes les plus pertinents de toute la presse arabe.


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