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Ramallah Dream

Commentaire de Jacques-Marie Bourget sur Bakchich
dimanche 27 novembre 2011

Ramallah Dream

Par Jacques-Marie Bourget

Une plongée dans le quotidien des territoires palestiniens. De Ramallah la subversive à Gaza la (plus) enfermée. Avec en guide, la plume de Benjamin Barthe. Le ton juste.

Ramallah Dream en dépit de son titre anglo-saxon, est un livre écrit en français. Et même en très bon, ce qui devient très rare dans les librairies. Le rythme est celui d’un taxi déglingué, qui se faufile au klaxon entre des ruelles de pierres blanches, pressé d’arriver alors qu’il a toute la vie pour aller nulle part. L’œil de l’auteur, Benjamin Barthe, est le regard juste, qui convient en Palestine où plus qu’ailleurs l’humour est la politesse du désespoir.

Enfin le sérieux, l’analyse profonde et rigoureuse, même si elle est douloureuse, sont aussi au rendez-vous du livre. Je ne me souviens pas, à propos de ce dramatique lopin du monde, de la publication d’un ouvrage aussi sensible et précis. Aussi saisissant. Pas vu à la télé

Rassurez-vous, Barthe ne sera pas invité à la télé pour expliquer au peuple cathodique l’injustice faite aux Palestiniens. Dans « nos » journaux de 20 heures, sans âmes même pas vagues, les grandes douleurs savent rester muettes. Coup de chance, pour 19 euros, en achetant « Ramallah Dream », vous apprenez ce qu’est aujourd’hui la Palestine tout en évitant un face à face avec Laurence Ferrari ou Pujadas. Ce qui n’a pas de prix. Et Le Monde, journal auquel l’auteur « appartient », n’a livré que quelques banalités de ce trésor journalistique.

An début du livre, Barthe nous décrit l’explosion (pour une fois économique), de la Cisjordanie, celle des « Territoires » illégalement occupés par Israël. Une progression économique de plus de 7% par an, les hôtels neufs (et vides) qui poussent en attendant leurs clients tels Godot, des bistrots, des restos, des boîtes de nuit pleines de filles sans complexes et sans voiles. Un paradis poussé dans un enfer et pensé par Kafka. Imaginez le luxe et la mesure du rêve : l’Autorité palestinienne a acheté les logiciels dernier cri pour contrôler le passage des marchandises aux frontières… Alors que, justement, l’injustice et la grande blessure de ce peuple, est de ne pas en avoir…

Nous sommes là au cœur des prodigieux films d’Elia Suleiman, le Kaurismaki de Palestine, où l’on peut voir un homme, en plan fixe de deux minutes, regarder une cocotte minute qui pourrait bien exploser. Avec Barthe on comprend cette population schizophrène qui oublie sa douleur et l’abandon du reste du monde, pour faire semblant de croire que la vraie vie est de posséder un I-phone et de manger des T-bones dans des restaurants où l’on joue du Lady Gaga. Espoir, mot interdit en Palestine

De l’autre côté, l’autre face, est celle de Gaza toujours décrite par la presse qui n’y met pas les pieds comme la bande à part, l’état hors du monde où des hommes ont été assez fous pour voter pour les fous de Dieu. Gaza, colonie du Hezbollah et de l’Iran et maillon capital dans « l’axe du mal ». Barthe, qui ne me semble pas être un adhérent à jour de carte dans la Confrérie des Frères Musulmans, décrit, face au tourbillon « américain » qui emporte Ramallah, un Gaza solide dans sa précarité, organisé autour d’un objectif qui reste en tête, la la fin de l’occupation, de l’enserrement israélien. Une terre, certes sous le poids d’une tyrannie religieuse, mais pratiquant l’égalité et le partage du peu qu’on a, plutôt que les rêves de traders.

Mais je m’égare, au fond, Benjamin Barthe ne fait pas de Gaza un anti-Ramallah, une terre qui resterait fidèle au rêve de la libération, tandis que Ramallah succomberait aux chimères de la normalisation. Ce n’est pas aussi simple. A sa façon, le Hamas est, usure de l’exercice solitaire de la gouvernance, en train de tomber lui aussi dans un piège. Le même que celui dans lequel le duo Fayad-Abbas a déjà sombré : s’accrocher au pouvoir pour le pouvoir, se gargariser de gouvernance tandis qu’en coulisses, certains se remplissent les poches.

Avec Barthe les personnages clé sont cités, décrits, cernés, comme les données économiques et les oukases de l’occupant israéliens qui font que, tant que le monde restera tel qu’il est, le mot espoir sera interdit en Palestine.

Ramallah Dream. Benjamin Barthe. La Découverte. 271 pages. 19 euros.


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