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Le "Palais Bush" à Bagdad

dimanche 17 décembre 2006

Le « Palais Bush » à Bagdad

Claude-Marie Vadrot

Symbole de l’échec de la guerre américaine, la « zone verte » de la capitale irakienne est un fortin d’où les officiels ne sortent plus, mais où l’administration américaine prépare l’avenir.

Les Américains avaient décidé qu’ils s’installeraient dans le Palais al Zohoor (palais des fleurs) plusieurs mois avant de lancer leur offensive contre l’Irak. Cet édifice au style incertain a été construit dans les années 1930 pour le roi Chazi et réaménagé à partir de 1987 par Saddam Hussein qui en a fait sa résidence principale à Bagdad. George W. Bush y tenait beaucoup. Les responsables de la Maison-Blanche imaginaient que, pour les Irakiens et le monde entier, le symbole serait fort. Pour cette raison, ils n’ont guère bombardé le quartier où il se trouve. Sans imaginer que cette zone présidentielle de plusieurs dizaines d’hectares deviendrait, une fois considérablement agrandie, la seule partie d’Irak où ils conserveraient le pouvoir. Cette « Zone internationale », son nom officiel, est devenue pour tout le monde la « Zone verte ». Verte parce que, en dépit des nouvelles constructions, on y trouve encore de nombreux arbres et des vergers. En été, il est possible d’y cueillir des dates délicieuses et, en automne, des oranges, petites mais très parfumées.

Passée progressivement de 6 à 10 kilomètres carrés et appuyée à l’est sur le Tigre, cette « Cité interdite » abrite les ambassades américaine et anglaise, le gouvernement et le parlement irakiens, et tous ceux qui craignent pour leur vie au sein d’une capitale de cinq millions d’habitants en proie à l’insécurité et aux attentats. La plupart des Américains, des Anglais et des Irakiens qui y habitent et y travaillent n’en sortent pratiquement jamais, sinon dans des véhicules blindés et accompagnés de gardes du corps. Nombreux sont ceux qui n’auront connu de l’Irak que la route qui mène à la zone et celle qui en part. Pour gagner l’aéroport, autre espace transformé en zone fortifiée, situé à une douzaine de kilomètres, deux solutions : l’hélicoptère ou le « rhinocéros », un incroyable bus blindé dans lequel les passagers ne sont acceptés qu’avec un casque et un gilet pare-balles. À travers des vitres de deux centimètres d’épaisseur, ces voyageurs aperçoivent vaguement quelques rues, tandis que l’engin fonce, tous feux éteints s’il fait nuit. Aucun étranger ne rejoint plus la Jordanie par la route.

Si l’on oublie les tirs d’armes automatiques et les explosions diverses entendues au loin, la zone verte peut paraître agréable : grandes avenues désormais parcourues par des taxis qui ne sortent jamais en ville, électricité 24 heures sur 24, alors qu’elle n’est disponible que quatre ou six heures par jour ailleurs, eau potable au robinet, cafés avec terrasse et boutiques de souvenirs, rien ne manque de l’american way of life. Pas même la bière et le whisky devenus pratiquement introuvables à l’extérieur, dans la « zone rouge », comme l’appellent les habitants de ce paradis artificiel.

Pourtant, même au coeur de cette oasis, il faut se méfier : de jeunes soldats américains sont assez prompts à pointer une arme sur toute personne qui a l’air « suspect » ou ne comprend pas assez vite une question posée avec un accent épouvantable, alors que le barrage d’entrée a été franchi avec succès et les accréditations adéquates. Autre danger : parfois, les obus de mortiers tirés depuis l’autre rive du Tigre frappent la zone verte. Le double mur de béton, les barbelés, les miradors et les projecteurs ne peuvent rien contre les projectiles. Ni même les militaires américains qui patrouillent à l’intérieur, l’armée irakienne veillant à l’extérieur : tout un symbole encore une fois.

En quelques mois la société privé Global Stratégies, qui gère ce site et la zone de l’aéroport encore plus grande, a fait de cette enclave une petite Amérique, profitant du captage d’eau douce, que le dictateur avait mis en place, et d’une petite centrale autonome. Quelques bars et restaurants, un grand magazin hors taxes, un marché aux puces, un cinéma (celui de Saddam) et deux discothèques permettant d’y tromper l’ennui. Pour les malades et les blessés un hôpital existe : tous les actes médicaux et chirurgicaux peuvent y être pratiqués, sauf l’avortement, puisque la zone verte est régie par le Code militaire américain, qui interdit les interruptions de grossesse. Habiter sur place coûte une fortune : 35000 dollars à l’achat pour un bureau en béton de quelques mètres carrés, 250 000 pour une petite maison.

C’est au coeur de la zone verte que résident les journalistes argentés et les hommes d’affaires, car le luxueux hôtel al- Rachid est inclus, comme le Mansour dans le périmètre protégé. Pour les moins privilégiés, dès qu’ils veulent rencontrer un personnage important, les rendez-vous se déroulent dans les salons de l’ancien Centre des conventions construit par Saddam Hussein, lieu de conférences de presse. avec une vue imprenable sur l’appareil de protection : blindés, hélicoptères et défense aérienne.

Officiellement, le gouvernement américain émet désormais des doutes sur l’avenir de son armée sur place. Pourtant, la construction de la nouvelle ambassade américaine au coeur de la zone verte n’a pas ralenti ces derniers jours. Pour un milliard d’euros, dont la moitié a déjà été accordée par le Congrès, vingt et un immeubles défendus par des missiles et un mur de cinq mètres d’épaisseur pourraient accueillir plusieurs milliers d’hommes. Construite par la First Kuwaiti Trading, appartenant à un libanais maronite, Wadi Al Absi, cette ambassade comporte un nouveau puits creusé trés profond, une mini-centrale électrique, un service de ramasssage et de traitement des ordures, une station d’épuration, une nouvelle piscine, deux restaurants et trois cafétérias, deux cinémas et un gymnase. L’ensemble porte déjà un surnom : Le Palais Bush.

Cette nouvelle ambassade, qui devrait être inaugurée en juin 2007, est pour l’instant la seule construction réalisée par les Américains. Aucune des trois stations d’épuration bombardées en 2003 n’a encore été réparée.

Claude-Marie Vadrot (dans Politis n° 929)


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