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Saddam, ses bourreaux et moi...

dimanche 31 décembre 2006 par Sindibad

Saddam, ses bourreaux et moi..

Quelques heures après la pendaison de Saddam, le conseiller de sécurité nationale irakien affirmait que le condamné paniquait et tremblait de peur. Les images diffusées ensuite par les télévisions du monde entier vont le démentir. S’il y avait panique, on la sentait plus chez ses bourreaux cagoulés.

Les images prises par un téléphone portable et diffusées ensuite par Aljazeera vont le confirmer. Alors qu’il ne restait que quelques secondes à vivre au président irakien, ses bourreaux se sont mis à crier « Mouktada, Mouktada, Mouktada », le nom du chef chiite Mouktada Assadr. D’autres hurlaient « va en enfer ». Saddam répond moqueur : "Oh, quel courage". Un autre bourreau essaye de calmer ses collègues : « arrêtez les gars, s’il vous plait, non, non, c’est un monsieur qui est condamné ». Saddam récite calmement sa Shahada « J’atteste qu’il n’y a de dieu qu’Allah et que Mohammed est son prophète ». Il la répète une seconde fois, mais il n’aura pas le temps de la finir. On entend le bruit fracassant d’un corps qui tombe. C’est fini.

Je ne peux m’empêcher d’éprouver de la sympathie pour cet homme qui a beaucoup de sang sur les mains. Comme si ces trois dernières années passées en captivité chez les américains ont effacé d’un seul coup plusieurs décennies de terreur et de massacres.

Ma relation avec Saddam a commencé il y a plus de trente ans. Comme beaucoup d’enfants arabes, j’achetais toutes les semaines un magazine irakien qui s’appelait « Almizmar », une publication unique dans son genre et destinée aux enfants et aux adolescents. Dans un espace médiatique très verrouillé : une seule chaîne de télévision et des journaux officiels, « Almizmar » était un espace d’évasion, de liberté et de découvertes de cultures et du monde extérieur pour moi et mes amis. Ensemble, on cotisait pour pouvoir l’acheter.

Et puis un jour, ce journal a disparu, où plutôt son contenu avait totalement changé. Il y avait des photos de Saddam sur toutes les pages, des articles et des poèmes à sa gloire. Nous avons compris que quelque chose avait changé en Irak. Saddam venait de prendre le pouvoir. Ce jour là, je me suis senti orphelin car je ne pourrai plus lire « Almizmar ». J’ai donc détesté Saddam, il venait de me priver de mon journal favori.

J’ai appris à le détester davantage encore quand quelques années plus tard, il déclencha la guerre à l’Iran voisin. Pour nous, l’Iran, c’était la révolution, pour la première fois dans le monde musulman, un peuple sort dans la rue et oblige son tyran à fuir le pays, une vraie révolution. Jusqu’à là les régimes arabes ou musulmans ne changeaient qu’à l’occasion de putch militaire. L’Irak, armé par les pays européens et les États Unis, poussé et financé par les monarchies du golfe qui tremblaient pour leurs trônes, se lança dans une guerre génocidaire pour les deux peuples. Et quand Saddam utilisa les armes les plus destructrices, y compris les armes chimiques, la communauté internationale ferma les yeux. L’Irak, comme l’Iran, va payer le prix le plus fort de cette guerre. En échange l’occident laissa faire l’armée irakienne dans le Kurdistan.

Mais Saddam, estimant qu’il n’avait pas été assez récompensé pour avoir mis un frein à la révolution iranienne, exigea plus et réclama le Kuwait voisin. L’ambassadrice américaine, à l’époque à Bagdad, à qui il fait part de ses intentions, lui laissa croire que son pays ne s’y opposa pas. Erreur Fatale, Saddam venait de signer son arrêt de mort. Il aura un sursis de 16 ans.

C’est toute cette histoire de complicité que les puissances occidentales ont cherché à effacer et à gommer en exécutant Saddam avant qu’il ne soit jugé pour ses autres crimes.

La dernière fois que je l’ai détesté, c’était le jour de son arrestation par les américains. Je lui reprochais de s’être fait capturé vivant, je pensais qu’il aurait pu se battre jusqu’à la mort comme l’ont fait ses deux enfants. Au lieu de cela, il s’est laissé se faire humilier, comme une bête de cirque, par des soldats américains triomphants et arrogants.

Détenu par l’armée américaine, Saddam va réussir sa transformation : la barbe, le costume et la perte de poids vont effacer l’image caricaturale des dictateurs arabes avec leurs habits ridicules et leur légendaire embonpoint.

Lors de son procès, il finit par devenir sympathique en ridiculisant un tribunal grotesque avec des juges fantoches à la solde des américains.

Il savait qu’il allait être tué, la prison lui a laissé le temps de s’y préparer. Alors quand il se présenta devant ses bourreaux, il était prêt. Il écouta avec calme son bourreau lui expliquer comment il allait être pendu. A ce moment, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à une autre image : Saddam, lors d’une visite en France, écoutant avec attention un responsable français lui expliquant le fonctionnement d’une centrale nucléaire ; avec à ses cotés, un Jacques Chirac, tout sourire.

Non, ce n’était pas le même Saddam. Celui qui était à coté de Chirac était un dictateur, celui qu’on s’apprêtait à pendre est un héros.

Ainsi le 30 décembre 2006, le 10 Dhu El Hijja 1427 selon l’hégire, jour de la fête de l’Aïd El Kabîr, les américains décidèrent de sacrifier à l’aube, l’un de leurs anciens agents, en guise de mouton de l’Aïd pour ses anciens ennemis chiites.

L’Aïd El Kabîr, jour de sacrifice pour les musulmans, sera pour moi, un jour de pardon. Ce jour là j’ai fait la paix avec Saddam.

Sindibad


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