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Maurice Papon : le crime impuni - [Le site de Sindibad]
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Maurice Papon : le crime impuni

dimanche 18 février 2007

Maurice Papon est mort hier. Le témoin et le responsable de la répression du 17 octobre 1961 ne sera donc jamais traduit devant un tribunal pour s’expliquer sur les massacres d’algériens lors de cette sombre nuit d’automne.

Maurice Papon : le crime impuni

Maurice Papon est mort hier. Le témoin et le responsable de la répression du 17 octobre 1961 ne sera donc jamais traduit devant un tribunal pour s’expliquer sur les massacres d’algériens lors de cette sombre nuit d’automne.

Quarante cinq ans après, la France n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans les guerres coloniales qu’elle a menées, en particulier dans la Guerre d’Algérie et dans le cortège d’horreurs qu’elle a entraîné, ni dans ce crime d’Etat que constitue le 17 octobre 1961. Certains osent continuer à parler des « bienfaits de la colonisation ». Le devoir de mémoire n’est pas un principe à deux vitesses. Il s’impose pour cette période sombre de notre histoire comme il s’est imposé pour la période de la collaboration vichyste avec l’Allemagne nazie. Ce n’est qu’à ce prix que pourront disparaître les séquelles les plus graves de la guerre d’Algérie : le racisme dont sont victimes aujourd’hui les ressortissants d’origine algérienne ou, par extension, du Maghreb ou d’anciennes colonies.

Pour exiger :

• la reconnaissance officielle du crime commis par l’Etat français les 17 et 18 octobre 1961.

• la liberté d’accès effective aux archives pour tous, historiens et citoyens

• un lieu de mémoire en souvenir des victimes du colonialisme.

Par respect pour les dizaines de victimes dont les assassins jouissent d’une impunité totale, nous reproduisons ici quelques textes

« Dans le but de mettre un terme sans délai aux agissements criminels des terroristes, des mesures nouvelles viennent d’être décidées par la préfecture de police. En vue d’en faciliter l’exécution, il est conseillé de la façon la plus pressante aux travailleurs algériens de s’abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris et de la banlieue parisienne, et plus particulièrement de 20h30 à 5h30 du matin. Ceux qui, par leur travail, seraient dans la nécessite de circuler pendant ces heures, pourront demander au secteur d’assistance technique de leur quartier ou de leur circonscription une attestation qui leur sera accordée après justification de leur requête.

D’autre part, il a été constaté que les attentats sont la plupart du temps le fait de groupes de trois ou quatre hommes. En conséquence, il est très vivement recommandé aux Français musulmans de circuler isolément, les petits groupes risquant de paraître suspects aux rondes et patrouilles de police.

Enfin, le préfet de police a décidé que les débits de boissons tenus et fréquentés par les Français musulmans d’Algérie doivent fermer chaque jour à 19 heures. »

Communiqué de Maurice Papon, Préfet de police de Police. Le 05 octobre 1961.

Le 17 octobre 1961 à Paris

Article mis en ligne le août 2002 sur le site de la LDH Toulon

"En octobre 1961, il y eut à Paris un massacre perpétré par des forces de l’ordre agissant sous les ordres de Maurice Papon." [Jean-Luc Einaudi]

Le 4 octobre 1961, Maurice Papon [1], préfet de police, met en place, avec l’accord du gouvernement de de Gaulle, un couvre-feu concernant les "FMA" (Français musulmans d’Algérie) ; un véritable couvre-feu au faciès ! Contre cette mesure, le FLN organise une grande manifestation non violente pour le 17 octobre à 20h30.

La manifestation est interdite par le gouvernement ; 7 000 policiers prennent position. Les manifestants sont environ 30 000 ; il y aura 11 730 arrestations. Selon la version officielle, il y eut 2 morts ce jour-là ; mais les chercheurs parlent d’au moins plusieurs dizaines de tués par la police française, voire quelques centaines.

Le 30 octobre 1961, à l’Assemblée nationale, Eugène Claudius-Petit, député centriste, dénonça violemment les responsabilités de la Préfecture de police :

« Il faut appeler les choses par leur nom. Chaque gardien de la paix ne pouvait plus se déterminer, à cause de l’ordre reçu et de la décision prise, autrement qu’en tenant compte de la couleur de la peau, de la qualité des vêtements ou du quartier habité. Heureux les Kabyles blonds qui ont pu échapper aux réseaux de la police ! Faudra-t-il donc voir prochainement, car c’est la pente fatale, la honte du croissant jaune après avoir connu celle de l’étoile jaune ? »

Le 27 octobre 1961, Claude Bourdet avait interpellé Maurice Papon au conseil municipal de Paris sur l’exactitude des faits qui se lisaient dans la presse parisienne, à savoir le repêchage de 150 cadavres d’Algériens depuis le 17 octobre 1961 dans la Seine entre Paris et Rouen.

Maurice Papon devait déclarer : « La police a fait ce qu’elle devait faire » et « Nous avons gagné la bataille de Paris. »

Dans un article paru le 20 mai 1998, dans Le Monde, Jean-Luc Einaudi écrit : « Je persiste et signe. En octobre 1961, il y eut à Paris un massacre perpétré par des forces de l’ordre agissant sous les ordres de Maurice Papon ».

A la suite de quoi Jean-Luc Einaudi a été cité par Maurice Papon devant le tribunal correctionnel de Paris pour "diffamation envers un fonctionnaire public".

Le 26 mars 1999, en déboutant Maurice Papon de sa plainte, le tribunal a reconnu la réalité de ces massacres.

Par Philippe Bernard [Le Monde - 28 mars 1999]

Relevant que « l’ensemble des témoignages » cités par Jean-Luc Einaudi « n’est pas réfuté [...] », le tribunal a constaté que « les éléments produits conduisent à retenir que certains membres des forces de l’ordre, relativement nombreux, ont agi avec une extrême violence, sous l’empire d’une volonté de représailles, dans un climat d’exaspération qui résultait des multiples attentats commis contre les fonctionnaires de police dans la période précédente », que « cette violence n’était pas justifiée par le comportement des militants ce soir-là », qu’ « elle s’est exercée non seulement "à chaud" lors de la manifestation elle-même, mais également "à froid" dans les centre d’internement hâtivement constitués pour accueillir les personnes arrêtées », que « le nombre des victimes a été important, en tout cas largement supérieur à celui du bilan officiel ».

Revenant sur la mise en cause, par Jean-Luc Einaudi, de la responsabilité de Maurice Papon, le jugement cite à la fois les propos vengeurs du préfet aux policiers - « Pour un coup reçu, nous en porterons dix » - et des écrits de 1963 revendiquant une « responsabilité directe et personnelle » sur les opérations de maintien de l’ordre.

Au total, « compte tenu des informations dont disposait la hiérarchie, de la gravité des comportements décrits par les témoins, de leurs conséquences tragiques, de la controverse publique apparue dès le lendemain des événements, un historien ne pouvait pas ne pas poser la question de l’engagement de la responsabilité personnelle du préfet de police. »

[1] Le même Maurice Papon a été condamné à Bordeaux en 1998 à dix ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l’humanité, pour son rôle dans l’arrestation de juifs lorsqu’il était secrétaire général de la préfecture de la Gironde entre 1942 et 1944.


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