Le site de Sindibad http://sindibad.fr/ fr SPIP - www.spip.net Le site de Sindibad http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L144xH93/siteon0-9d8dd.jpg http://sindibad.fr/ 93 144 Egypte : guerre non-déclarée pour abattre l'opposition radicale http://sindibad.fr/spip.php?article307 http://sindibad.fr/spip.php?article307 2011-12-18T03:30:27Z text/html fr Trois semaines après avoir entamé un sit-in à l'entrée du bâtiment du Cabinet au centre du Caire, les manifestants égyptiens ont fait face vendredi à une répression militaire brutale où l'armée a utilisé des tirs à balles réelles, des armes électriques (Taser) et des bâtons, tandis que des cocktails Molotov et des pierres étaient jetés sur les manifestants depuis les toits de la rue Qasr al-Aini. Egypte : guerre non-déclarée pour abattre l'opposition radicale dimanche 18 décembre 2011 - Serene Assir - Al (...) - <a href="http://sindibad.fr/spip.php?rubrique26" rel="directory">Résistances</a> <img src="http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L150xH100/arton307-fe775.jpg" alt="" align="right" width='150' height='100' class='spip_logos' style='height:100px;width:150px;' /> <div class='rss_chapo'><p>Trois semaines après avoir entamé un sit-in à l'entrée du bâtiment du Cabinet au centre du Caire, les manifestants égyptiens ont fait face vendredi à une répression militaire brutale où l'armée a utilisé des tirs à balles réelles, des armes électriques (Taser) et des bâtons, tandis que des cocktails Molotov et des pierres étaient jetés sur les manifestants depuis les toits de la rue Qasr al-Aini.</p></div> <div class='rss_texte'><p>Egypte : guerre non-déclarée pour abattre l'opposition radicale</p> <p>dimanche 18 décembre 2011 - Serene Assir - Al Akhbar</p> <p>La répression menée par la police et l'armée égyptienne a fait 10 morts et des centaines de blessés parmi les manifestants, en l'espace de quelques jours.</p> <p>Trois semaines après avoir entamé un sit-in à l'entrée du bâtiment du Cabinet au centre du Caire, les manifestants égyptiens ont fait face vendredi à une répression militaire brutale où l'armée a utilisé des tirs à balles réelles, des armes électriques (Taser) et des bâtons, tandis que des cocktails Molotov et des pierres étaient jetés sur les manifestants depuis les toits de la rue Qasr al-Aini.</p> <p>Au moins trois personnes ont été tuées, selon le ministère de la Santé. « Le bilan des morts pourrait être plus élevé, car l'utilisation de balles réelles se poursuit au moment où nous parlons », a déclaré un médecin sur le terrain, Melad Atef. Plusieurs centaines de personnes auraient été blessées.</p> <p>Le Conseil suprême des Forces armées (SCAF) a publié une déclaration niant l'utilisation de balles réelles contre les manifestants. La déclaration a également dit que les gens en Egypte ont le droit de manifester pacifiquement. Dans une interview à la télévision d'Etat égyptienne, le directeur général de la sécurité au Caire, le général Mohsen Mourad, a fait porter la responsabilité de la poursuite de la violence sur les manifestants.</p> <p>La dernière mise à jour de la page Facebook d'un des tués, Alaa Abdel Hadi, a fait des vagues dans les milieux de militantisme en ligne. « Je vais sortir pour voir ce qu'il se passe », écrit-il. " « Que Dieu nous protège. » Il n'est jamais revenu.</p> <p>En attendant, des centaines de manifestants ont été blessés, avec une forte majorité de blessures à la tête, aux jambes et dans le dos. Le Ministère égyptien de la Santé a parlé de 257 blessés. Les appels à se rendre au centre-ville du Caire pour d'autres volontaires médicaux ont continué toute la soirée, tandis que le nombre de blessés continuait augmenter.</p> <p>Alors que la police militaire avait été impliquée dans un grand nombre d'affrontements avec les manifestants, vendredi était l'une des premières descentes répressives exécutées directement par les forces armées égyptiennes.</p> <p>« Nous ne savons pas exactement pourquoi l'armée a utilisé une force si excessive contre les manifestants », a déclaré l'avocat des droits humains Ahmed Seif Al-Islam, le père du blogueur Alaa Abdel Fattah. Les deux filles de Seif al-Islam, Mona et Sanaa, ont été tabassées vendredi par l'armée, dit-il, mais le soir elles étaient en sécurité chez elle.</p> <p>« Il se peut que l'armée veuille pousser à bout les manifestants qui expriment leur opposition au régime militaire, tout en faisant son maximum pour tourner la population contre le mouvement de protestation », a déclaré Seif al-Islam. « Sinon, il n'y a vraiment aucune explication à l'extrême brutalité que nous avons vue vendredi. »</p> <p>Qasr al-Aini, une des rues principales du Caire à proximité de la place Tahrir, a été bouclée vendredi matin, avant que les militaires ne tendent une embuscade aux deux extrémités de la rue latérale au bâtiment du Cabinet. Tandis que des pierres auraient été jetées dans le sit-in sur cette rue depuis les toits, la police a limité la circulation le long de la voie principale. « Les jeunes ont mis le feu à Tahrir », a affirmé un policier en faction à l'entrée de la rue Qasr al-Aini. « Ils ont commencé la violence », disait-il aux passants.</p> <p>De même, selon le site web de nouvelles Bikya Masr, la télévision d'Etat a publié des communiqués affirmant que les « les hommes sur le bâtiment du Cabinet ne sont pas des services de sécurité, mais des manifestants qui tentent d'attaquer les militaires et les policiers » protégeant le cabinet. En réalité, les personnes blessées étaient des civils que l'on envoyait rapidement par moto vers des cliniques installées sur des terrains de fortune par des bénévoles.</p> <p>Beaucoup des blessés avaient des blessures à la tête causées par des pierres lancées depuis les toits, dont des tout jeunes manifestants qui saignaient abondamment. La plupart de ceux qui jetaient des pierres sur la foule portaient des vêtements civils, mais les images publiées en ligne par les militants en fin de journée permettaient de voir quelques uniformes de l'armée parmi eux.</p> <p>La violence se poursuit</p> <p>La violence observée dans la rue Qasr al-Aini vendredi « devrait se poursuivre », a déclaré Ahmed Ezzat, le coordinateur des comités populaires pour la défense de la Révolution. « L'utilisation continue des balles réelles est particulièrement préoccupante. Nous n'imaginons pas laisser la place face à la répression, à moins que l'utilisation de balles réelles ne s'arrête », a déclaré Ezzat.</p> <p>Le sit-in devant le Cabinet a comme objectif d'exiger que le Conseil suprême des Forces armées (SCAF) cède immédiatement le pouvoir à un gouvernement civil. Le lieu du sit-in a été repris vendredi par l'armée, et les tentes des manifestants auraient été incendiées. « J'ai été impliqué dans de nombreux affrontements avec les forces de sécurité », a déclaré Ahmed Fathi, âgé de 22 ans. « Nous ne voulons pas la violence. Mais si nous sommes attaqués, nous devons nous défendre, même si c'est juste avec des pierres. Chaque fois que le SCAF utilise la violence contre nous, il perd des points. »</p> <p>Mais le centre-ville du Caire est relativement isolée ces dernières semaines et « il n'y a aucune couverture crédible dans la presse égyptienne, nous avons besoin de nous défendre et nous sommes même prêts à mourir », a déclaré Fathi. « Ce type de violence montre aux gens ce que le régime militaire est prêt à faire. »</p> <p>Fathi a subi des blessures à la jambe, il et pensait qu'il avait besoin d'une radiographie pour son avant-bras enflé. « Mais je ne veux pas partir. Je veux rester aussi longtemps que je peux et soutenir mes amis. »</p> <p>Ce n'étaient pas seulement les militants politiques et tous ceux qui demandent que le SCAF passe la main à un pouvoir à un régime civil qui se sentaient solidaires des manifestants. A proximité de la Mosquée Omar Makram, Kamel Sayid, un salarié, disait qu'il était difficile pour lui de constater comment la place Tahrir a de nouveau été transformée en un lieu de violence.</p> <p>« Ces gens, tout ce qu'ils font, c'est défendre leur droit à une vie meilleure », a déclaré Sayid. Il expliquait que, 10 mois après la révolution du 25 janvier, peu de chose avait changé positivement dans sa vie.</p> <p>« Je gagne 300 livres égyptiennes (50 dollars US) par mois. Pensez-vous que c'est suffisant pour vivre ? » demande-t-il. Sayid n'a pas critiqué les manifestants pour les malheurs économiques actuels en Egypte, mais les autorités. « Si seulement le régime avait donné aux manifestants ce qu'ils veulent, les choses iraient mieux. Nous avons tous le droit de vivre heureux, et pas seulement les riches. »</p></div> Les images de la barbarie de l'armée égyptienne http://sindibad.fr/spip.php?article306 http://sindibad.fr/spip.php?article306 2011-12-18T01:32:34Z text/html fr Sindibad <p>Des images qui n'ont pas besoin de commentaires.</p> <p>A ceux qui défendent les militaires</p> <p>Aux absents qui pensent que l'armée et le peuple n'ont font qu'un</p> <p>A Kamal Al Janzouri (1er ministre) :</p> <p>Est-il vrai que tu disais que c'est la plus belle armée de la terre ?</p> - <a href="http://sindibad.fr/spip.php?rubrique26" rel="directory">Résistances</a> <img src="http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/arton306-dab4c.jpg" alt="" align="right" width='150' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:150px;' /> <div class='rss_texte'><p>Des images qui n'ont pas besoin de commentaires.</p> <p>A ceux qui défendent les militaires</p> <p>Aux absents qui pensent que l'armée et le peuple n'ont font qu'un</p> <p>A Kamal Al Janzouri (1er ministre) :</p> <p>Est-il vrai que tu disais que c'est la plus belle armée de la terre ?</p> <p><a href='http://www.youtube.com/verify_controversy?next_url=/watch%3Ffeature%3Dplayer_embedded%26v%3D4iboFV-yeTE' class='spip_out' rel='nofollow'>http://www.youtube.com/verify_contr...</a></p></div> BHL vous dit qu'ils sont exemplaires ces révolutionnaires ! http://sindibad.fr/spip.php?article304 http://sindibad.fr/spip.php?article304 2011-11-02T11:53:46Z text/html fr Sindibad <p>Des images insoutenables où l'on découvre que Kadhafi a subi pendant son lynchage des violences sexuelles de la part des « révolutionnaires » libyens.</p> - <a href="http://sindibad.fr/spip.php?rubrique26" rel="directory">Résistances</a> <img src="http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L150xH83/arton304-3247f.jpg" alt="" align="right" width='150' height='83' class='spip_logos' style='height:83px;width:150px;' /> <div class='rss_texte'><p>Des images inédites de lynchage de Kadhafi par les « démocrates » Libyens, nouveaux copains de BHL et de Sarkozy. Des images plus que choquantes où l'on découvre que Kadhafi a subi pendant son lynchage <a href='http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=AUBeoL17Nto' class='spip_out'>des violences sexuelles de la part des « révolutionnaires » libyens.</a> Une révolution exemplaire nous assure BHL.</p> <p>Autres images à regarder <a href='http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=vfA3gtRITmc#!' class='spip_out'>ici.</a></p> <p>Ou <a href='http://www.youtube.com/watch?v=cnOjshl-CyU&feature=related' class='spip_out'>là</a>. (Le piétinement de Kadhafi par les "nouveaux démocrates"). Pas besoin de commentaires. Âmes sensibles, ne cliquez pas</p></div> Yoram Kaniuk : premier Israélien reconnu « sans religion » http://sindibad.fr/spip.php?article302 http://sindibad.fr/spip.php?article302 2011-10-23T07:35:07Z text/html fr <p>Beaucoup ignore qu'Israël qui prétend être un modèle de démocratie oblige ses citoyens à indiquer sur leurs cartes d'identité la nature de leur religion. L'écrivain Israélien Yoram Kaniuk vient d'obtenir du tribunal de Tel Aviv d'être inscrit sur les registres d'état civil de son pays comme « sans religion » et non plus comme appartenant à la « religion juive », rapporte le quotidien israélien Haaretz dimanche dernier.</p> - <a href="http://sindibad.fr/spip.php?rubrique26" rel="directory">Résistances</a> <img src="http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L101xH150/arton302-3c778.jpg" alt="" align="right" width='101' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:101px;' /> <div class='rss_texte'><p>Yoram Kaniuk : premier Israélien reconnu « sans religion »</p> <p>Beaucoup ignore qu'Israël qui prétend être un modèle de démocratie oblige ses citoyens à indiquer sur leurs cartes d'identité la nature de leur religion. L'écrivain Israélien Yoram Kaniuk vient d'obtenir du tribunal de Tel Aviv d'être inscrit sur les registres d'état civil de son pays comme « sans religion » et non plus comme appartenant à la « religion juive », rapporte le quotidien israélien Haaretz dimanche dernier.</p> <p><span class='spip_document_185 spip_documents spip_documents_center'> <img src='http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L390xH310/jpg_1_1092589_1_34-2abc3.jpg' width='390' height='310' alt="" style='height:310px;width:390px;' /></span></p> <p>« C'est une décision d'importance historique » a déclaré l'écrivain âgé de 81 ans au quotidien. Pour cet écrivain israélien, cette obligation d'indiquer sa religion sur sa pièce d'identité contribue à encourager le racisme notamment anti-arabe et anti-musulman. Kaniuk déclare aussi que cette pratique corrompt la vie des juifs, nourrit le colonialisme et l'occupation de la Palestine en Israël, et rendrait toute paix impossible.</p> <p>L'auteur, récompensé par de nombreuses distinctions littéraires, avait auparavant fait cette requête avec insistance auprès du ministère de l'intérieur, avant de faire appel en mai, puisqu'il affirmait refuser d'appartenir « à ce qu'on appelle la religion juive en Israël », la comparant avec l'islam de l'Iran.</p> <p>Le juge Gideon Ginat a rendu sa décision en expliquant que « la liberté de religion est une liberté dérivée du droit à la dignité humaine ». Le tribunal a par ailleurs indiqué que tout citoyen israélien peut se définir comme « libre de religion », alors que la religion fait d'habitude office de nationalité sur les registres d'état civil du pays.</p> <p>Depuis plusieurs années, des intellectuels laïcs Israéliens, notamment l'association « Je suis Israélien », demandent à ce que la mention « Israélien » figure sur ces registres à la place de la religion.</p></div> Il y a cinquante ans, un crime d'État à Paris http://sindibad.fr/spip.php?article301 http://sindibad.fr/spip.php?article301 2011-10-16T22:35:29Z text/html fr Il y a cinquante ans, un crime d'État à Paris par Olivier Le Cour Grandmaison - publié le lundi 17 octobre 2011 Contexte général 1961, c'est l'année noire pour les « FMA », les « Français Musulmans d'Algérie » résidant en France. Sous la férule du Préfet de police de Paris Maurice Papon, avec l'aval de sa hiérarchie, se multiplient les violences policières, puis les exactions. L'équation est simple : tout Algérien est potentiellement un terroriste. Les terroristes doivent être éliminés. D'avril à octobre 61 (...) - <a href="http://sindibad.fr/spip.php?rubrique26" rel="directory">Résistances</a> <img src="http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/arton301-cda1a.jpg" alt="" align="right" width='150' height='75' class='spip_logos' style='height:75px;width:150px;' /> <div class='rss_texte'><p>Il y a cinquante ans, un crime d'État à Paris</p> <p>par Olivier Le Cour Grandmaison - publié le lundi 17 octobre 2011</p> <p>Contexte général</p> <p><span class='spip_document_184 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:213px;'> <img src='http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L213xH300/jpg_arton1472-213x300-4d973.jpg' width='213' height='300' alt="" style='height:300px;width:213px;' /></span>1961, c'est l'année noire pour les « FMA », les « Français Musulmans d'Algérie » résidant en France. Sous la férule du Préfet de police de Paris Maurice Papon, avec l'aval de sa hiérarchie, se multiplient les violences policières, puis les exactions. L'équation est simple : tout Algérien est potentiellement un terroriste. Les terroristes doivent être éliminés. D'avril à octobre 61 les « ratonnades » s'intensifient jusqu'à ce mardi d'octobre....</p> <p>17 octobre 1961. En début de soirée, environ 30 000 Algériennes et Algériens, répondant à l'appel du Front de Libération National (FLN), manifestent pacifiquement en banlieue et dans la capitale pour protester contre le couvre-feu raciste imposé par Maurice Papon. Depuis le 5 octobre, les autorités françaises interdisent en effet aux seuls « Français musulmans d'Algérie » de « circuler la nuit dans les rues » entre 20h30 et 5h30, d'utiliser des voitures et de paraître en « petits groupes ». À cela s'ajoute la fermeture obligatoire, à partir de 19h30, des « débits de boissons tenus et fréquentés par des FMA. » Au nom de l'urgence liée aux activités du FLN en métropole, notamment, la raison d'État l'emportait sur des principes réputés essentiels et rappelés de façon solennelle par l'article 2 de la Constitution du 4 octobre 1958 ainsi rédigée : « La France […] assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. »</p> <p>Du droit de circuler librement pour les « indigènes »</p> <p>Ces atteintes à la libre circulation ne sont pas nouvelles ; elles furent appliquées sous différentes formes pendant des décennies par trois Républiques successives. En ces matières, il se confirme que l'exception et les discriminations demeurèrent longtemps les règles puisque toutes deux furent au fondement de nombreuses dispositions qui ne visaient que les « Arabes » des départements français d'Algérie cependant que la liberté d'aller et de venir, fort rarement accordée, fut l'exception. La singularité de cette situation nous éclaire sur la nature de cette dernière liberté, qui, relativement aux « indigènes », ne fut jamais conçue comme une véritable prérogative, moins encore comme un droit fondamental, mais comme une simple tolérance toujours susceptible d'être restreinte pour des motifs variés.</p> <p>Ainsi fut fait, de nouveau, après le déclenchement de la guerre, le 1er novembre 1954, qu'on appelait pudiquement des « événements ». Pour venir en métropole, les « FMA » doivent désormais fournir une « autorisation de voyage », délivrée par les autorités coloniales, et une carte d'identité. Quatre ans plus tard, des « mesures de transfèrement » fondées sur « l'ordonnance n° 58-916 du 7 octobre 1958 relative à l'assignation à résidence […] permettent au ministre de l'Intérieur de prendre à l'encontre des FMA des arrêtés les astreignant à résider en Algérie. » Entre le 11 septembre 1961 et le 7 mars 1962, c'est sur ce fondement que 5 887 personnes furent renvoyées dans leur « douar d'origine », selon la formule consacrée, et contraintes d'y rester. Ainsi se précisent les origines des mesures encore plus restrictives décidées par Maurice Papon le 5 octobre 1961, avec le soutien de son autorité de tutelle, le ministre de l'Intérieur Roger Frey, et du gouvernement que dirige alors Michel Debré.</p> <p>Chasse à l'homme</p> <p>Dans la nuit du 17 octobre, les forces de police, agissant sous les ordres du préfet Papon, se livrent à une véritable chasse à l'homme : plus de 14 000 manifestants sont arrêtés – presque un sur deux -, frappés souvent et détenus parfois pendant plusieurs jours. En français, n'en déplaise à ceux qui ont longtemps usé ou usent encore d'un langage délicatement euphémisé dès qu'il s'agit d'atténuer les exactions commises par l'État français à cette période, de telles actions portent un nom précis : rafles. Par leur ampleur et les moyens matériels et humains mobilisés pour les mener à bien, ces rafles, soigneusement préparées et qui s'étendent sur plusieurs jours, sont sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Décidées à tout faire pour interdire une démonstration de force des Algériens à Paris et en banlieue, les autorités politiques et policières déploient un imposant dispositif répressif, réquisitionnent plusieurs lieux dont elles savent avoir besoin pour parvenir à leurs fins, sans oublier les bus de la RATP dans lesquels les manifestants sont entassés et battus avant d'être rassemblés dans différents centres de détention de la capitale et de la région parisienne. Cela rappelle quelques souvenirs…</p> <p>« Pour un coup reçu, nous en porterons dix »</p> <p>Sans précédent aussi, le nombre de personnes assassinées à Paris au cours de ces journées d'octobre puisque les forces de l'ordre commettent un véritable massacre ; au vrai le plus important de l'après-guerre perpétré à l'encontre de civils puisque le nombre de victimes s'élève à plusieurs centaines, selon Jean-Luc Einaudi à qui l'on doit d'avoir exhumé des archives les faits dans un livre qui fait date, La Bataille de Paris, 17 octobre 61 (Seuil). Aucune, par contre, du côté des forces de l'ordre qui n'essuient pas un seul coup de feu contrairement aux rumeurs forgées et colportées par la police pour justifier les exécutions sommaires au moment où elles se déroulent. Des Algériens sont tués par balles, d'autres froidement assassinés dans la cour de la préfecture de police de Paris, certains jetés vivants dans la Seine ou encore frappés à mort après leur arrestation et leur transfert au palais des Sports, au parc des Expositions et au stade Coubertin devenus, pour l'occasion, autant de lieux de détention. Là, dans des conditions effroyables, des milliers de « FMA » sont parqués, battus, longtemps laissés sans nourriture et sans soin au milieu de leurs excréments. Quoi qu'ils fassent, les policiers se savent couverts par le préfet qui, peu de temps auparavant, leur avait tenu ce langage : « Pour un coup reçu, nous en porterons dix. »</p> <p>Des méthodes éprouvées pendant la guerre d'Algérie</p> <p>De telles méthodes ne sont pas inédites. Elles relèvent d'une terreur d'État appliquée depuis longtemps en Algérie, réactivée à la suite du déclenchement de la guerre le 1er novembre 1954 puis importée en métropole où la torture, les arrestations arbitraires, les disparitions forcées et les exécutions sommaires sont monnaie courante. En ces matières, les deux ouvrages de Paulette Péju, Les Harkis à Paris et Ratonnades à Paris (La Découverte) apportent des témoignages circonstanciés et des preuves nombreuses et concordantes. Tous révèlent ceci : ce qui a été perpétré dans la capitale ressortit à un plan concerté, organisé et mis en œuvre par les plus hautes autorités politiques et policières de la Vème République. On découvre ainsi que des hôtels, des cafés et des restaurants de Paris furent transformés en centres, plus ou moins clandestins, de séquestration et de torture, comme ce Q.G. des harkis, rue de la Goutte-d'Or.</p> <p>Des balles contre des slogans</p> <p>De plus, dans une note du 5 septembre 1961, adressée au Directeur du service de coordination des affaires algériennes et au Directeur général de la police municipale de Paris, Maurice Papon donne les instructions suivantes : « Les membres des groupes de choc [du FLN] surpris en flagrant crime devront être abattus sur place par les forces de l'ordre. » En ces circonstances, donc, pas de prisonniers. Il s'agit là d'une violation manifeste et grave des règles élémentaires applicables aux ennemis engagés dans un conflit conventionnel. Pour de nombreux responsables politiques et fonctionnaires de police, l'Algérien, c'est donc « le raton », « le bicot », « le fel », celui qui peut être arrêté, torturé et exécuté sommairement sans que cela soit perçu comme un crime, même lorsqu'il manifeste pacifiquement.</p> <p>Le 17 octobre, non pas une bavure, mais un massacre planifié</p> <p>Contrairement à des représentations tenaces et convenues, la guerre d'Algérie n'est pas menée seulement sur le territoire de cette colonie. Elle se déroule aussi en métropole où les autorités policières, avec l'aval du pouvoir politique, ont recours à des pratiques couramment mises en œuvre outre-Méditerranée. Cette continuité des pratiques est parfois servie par la continuité des hommes en poste, ceci permettant de mieux comprendre cela. Avant d'être nommé préfet de police dans la capitale, Maurice Papon avait été, à partir de mai 1956, inspecteur général de l'administration en mission extraordinaire à Constantine. Sa mission : appliquer la politique des « pouvoirs spéciaux. » Lorsqu'il revient en France deux ans plus tard, pour exercer les responsabilités que l'on sait et combattre le FLN dans la région parisienne, il s'appuie sur des militaires qui, rompus à la guerre contre-révolutionnaire, ont été ses collaborateurs en Algérie. Ce contexte et ces quelques éléments permettent de comprendre que les massacres d'octobre 1961 ne sont pas une « bavure » imputable à une minorité de policiers dont les débordements seraient uniquement liés aux circonstances et aux passions de l'époque. À raisonner de la sorte, on occulte ceci : le régime imposé aux « Français musulmans d'Algérie » présents en métropole n'est pas celui la République mais celui d'un état de guerre et de police qui n'est plus assujetti à aucune autre règle que celle de la terreur mise en œuvre pour réduire ceux qui sont identifiés comme des « rebelles » et des « terroristes. »</p> <p>Pour une reconnaissance du 17 comme crime contre l'humanité</p> <p>Grâce aux nombreux travaux réalisés depuis plusieurs années par des chercheurs et des historiens français et étrangers, ces massacres sont aujourd'hui connus. Ils doivent être maintenus reconnus par les plus hautes autorités de ce pays, et par les femmes et les hommes qui affirment incarner une possible alternance à la politique de l'étouffoir. Responsable et coupable, l'État doit en effet réparation à celles et ceux qui ont été assassinés, et à leurs descendants.</p> <p>Cela passe, entre autres, par la reconnaissance qu'un crime contre l'humanité a bien été perpétré en ces journées d'octobre 1961, puisque le Nouveau Code pénal prévoit, au chapitre II, art. 212-1, que sont considérés comme des crimes contre l'humanité « la déportation, la réduction en esclavage ou la pratique massive et systématique d'exécutions sommaires, d'enlèvement de personnes suivies de leur disparition, torture ou actes inhumains, inspirées par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux et organisées en exécution d'un plan concerté à l'encontre d'une population civile. » En raison de leur gravité, ces crimes sont donc imprescriptibles.</p> <p>Olivier Le Cour Grandmaison</p> <p>L'auteur a publié notamment : Le 17 octobre 1961, un crime d'État à Paris (La Dispute, 2001. Ouvrage collectif sous sa direction) ; Coloniser Exterminer (Fayard, 2005) ; La République impériale (Fayard, 2009) ; De l'indigénat (La Découverte/Zones, 2010).</p></div> Etre ou ne pas être « otage français »… http://sindibad.fr/spip.php?article300 http://sindibad.fr/spip.php?article300 2011-10-16T10:35:38Z text/html fr <p>Résumons donc les faits : d'un côté, un militaire franco-israélien considéré comme otage français et non prisonnier de guerre. De l'autre, un civil franco-palestinien arbitrairement condamné par l'appareil militaire israélien et dont la France ne réclame nullement la libération. La famille Hamouri n'a jamais vu une affiche à l'effigie de son fils sur la devanture de la mairie du XVIe arrondissement à Paris et n'a jamais eu droit non plus non plus au soutien infaillible des plus hauts responsables de la classe politique française .</p> - <a href="http://sindibad.fr/spip.php?rubrique26" rel="directory">Résistances</a> <img src="http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L97xH150/arton300-9d76f.png" alt="" align="right" width='97' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:97px;' /> <div class='rss_texte'><p>Etre ou ne pas être « otage français »…</p> <p>Par Shajar Al-Durr, pour l'Agence Média Palestine</p> <p>Vous l'avez sans doute remarqué si vous écoutez RFI (Radio France Internationale) : la chaîne n'a de cesse de rappeler au souvenir de ses auditeurs, à chaque journal, les « neuf otages français détenus à travers le monde ». Une initiative louable qui doit sans doute, ne serait-ce qu'en partie, au témoignage et à la reconnaissance des deux journalistes français ex-otages en Afghanistan Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier. Ces derniers ont en effet souligné le soutien moral que ces rappels leur apportaient durant leur période de détention, RFI étant quasiment le seul lien qu'ils avaient avec le monde extérieur. Un hommage dont la chaîne peut tirer une fierté légitime.</p> <p>Seulement, voilà qu'aux yeux de la rédaction de la chaîne, tous les otages français ne se valent visiblement pas. Ainsi, à chaque rappel, les neuf individus dont il est question sont répartis entre le Sahel, la Somalie, le Yémen et la bande de Gaza (recensement adopté également par le site Otages du Monde . Bien que les journalistes ne citent pas de nom, on devine bien qu'il s'agit pour ce dernier cas de Gilad Shalit, soldat franco-israélien qui a été enlevé par un commando palestinien le 25 juin 2006 et qui est depuis détenu dans la bande de Gaza. On est d'abord en droit de se demander par quel glissement de sens un militaire enlevé pendant le service dans un pays qui est officiellement –et ce depuis sa création- en état de guerre devient un « otage » et non un prisonnier de guerre.</p> <p>Et puis, sitôt ce premier constat établi, une autre question, plus essentielle, surgit : quid de Salah Hamouri ? Pourquoi ne figure-t-il pas dans la liste des neuf otages cités par RFI ? Le jeune homme de 26 ans est en effet injustement détenu en Israël depuis 2005 pour « avoir projeté de tuer le rabbin Ovadia Yossef » au motif qu'il était passé en voiture devant la maison de ce dernier et pour « appartenance au Front populaire de libération de la Palestine ». Il purge actuellement une peine de sept ans prononcée par le tribunal militaire israélien. Cette arrestation n'est pas la première dont est victime Salah Hamouri, sans parler de ses conditions de détention (cellule d'isolement, etc).</p> <p>Résumons donc les faits : d'un côté, un militaire franco-israélien considéré comme otage français et non prisonnier de guerre. De l'autre, un civil franco-palestinien arbitrairement condamné par l'appareil militaire israélien et dont la France ne réclame nullement la libération. La famille Hamouri n'a jamais vu une affiche à l'effigie de son fils sur la devanture de la mairie du XVIe arrondissement à Paris et n'a jamais eu droit non plus non plus au soutien infaillible des plus hauts responsables de la classe politique française . Le bi-nationalisme revendiqué dans le cas de Gilad Shalit est soigneusement omis dans celui de Salah Hamouri. Quoi de plus surprenant quand on sait que l'un des détracteurs les plus virulents de la question du bi-nationalisme en France n'est autre que Claude Goasguen, président du groupe parlementaire d'amitié France-Israël et maire du XVIe arrondissement depuis mars 2008. Voudrait-on pousser la bonne foi jusqu'à parler de justice et non de prise d'otage dans le cas d'Hamouri, pourquoi sa détention ne suscite-t-elle pas le tollé provoqué par la condamnation de Florence Cassez au Mexique et qui a conduit jusqu'à l'annulation de l'organisation de l'année du Mexique en France ? Un militantisme à géométrie variable dont RFI se fait malheureusement l'écho.</p> <p>Shajar Al-Durr – Agence Média Palestine</p></div> Gilad Shalit et 1 027 autres êtres humains http://sindibad.fr/spip.php?article299 http://sindibad.fr/spip.php?article299 2011-10-15T07:46:46Z text/html fr <p>La France et ses médias se réjouissent de la libération d'un soldat franco-israélien, membre d'une armée d'occupation et continuent d'ignorer Salah HAMMOURI franco-palestinien emprisonné depuis plusieurs années dans les geôles israéliens.</p> - <a href="http://sindibad.fr/spip.php?rubrique26" rel="directory">Résistances</a> <img src="http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L150xH91/arton299-33f0c.jpg" alt="" align="right" width='150' height='91' class='spip_logos' style='height:91px;width:150px;' /> <div class='rss_texte'><p>Gilad Shalit et 1 027 autres êtres humains</p> <p>mercredi 12 octobre 2011, par Alain Gresh</p> <p>Le soldat israélien Gilad Shalit va être libéré après une longue captivité. On ne peut que s'en réjouir pour lui, pour sa famille, pour ses proches. Et oublier, pour un instant, qu'il est membre d'une armée d'occupation. Et que personne ne semble s'interroger sur le problème de ces soldats de double nationalité, européenne et israélienne, qui opèrent dans les territoires occupés et violent ainsi le droit international. Quand l'Union européenne décidera-t-elle que de tels agissements sont passibles des tribunaux ?</p> <p>Selon une dépêche de l'AFP, Nicolas Sarkozy « se réjouit très vivement de l'annonce d'un accord qui doit conduire à la libération de Gilad Shalit », et a félicité Benyamin Netanyahou pour ce « succès majeur ». On est sûr que BHL fera de même.</p> <p>En échange, si l'on peut dire, 1 027 Palestiniens, dont 27 femmes, seront libérés. Qui sont-ils ? Comment réagit leur famille ? Vous n'en saurez rien, ou pas grand-chose, en lisant la presse occidentale. C'est un magma sans visage, un sous-groupe des 6 000 Palestiniens toujours en détention dans les prisons israéliennes, dont 280 mineurs (34 ayant moins de 15 ans) – voir comment Israël déclare coupables tous les enfants qu'il arrête –, et 22 membres du Parlement. Certains sont des prisonniers « administratifs », c'est-à-dire détenus sans jugement ; d'autres sont passés par le système judiciaire israélien, dont tous les rapports internationaux confirment qu'il est tout sauf juste, que les détenus sont souvent maltraités, que les preuves de leur culpabilité sont faibles, voire inexistantes. Des dizaines d'entre eux sont à l'heure actuelle en grève de la faim. Et eux, ils n'ont pas de famille ? pas de proches ? Non : ils ne sont qu'un chiffre. Ce sont des Arabes, des colonisés sans visage.</p> <p>Nicolas Sarkozy fera-t-il autant d'efforts pour obtenir la libération du franco-palestinien Salah Hamouri ? Ou de Marwan Barghouti, dont le seul crime est d'être un nationaliste palestinien ?</p></div> Elisabeth Badinter et la laïcité lepénisée. http://sindibad.fr/spip.php?article296 http://sindibad.fr/spip.php?article296 2011-10-01T11:41:59Z text/html fr <p>E. BADINTER a déclaré : « En dehors de Marine Le Pen, plus personne ne défend la laïcité ». Une déclaration qui ressemble plus à un hommage à la représentante de l'extrême droite française. Nous, ça ne nous étonne pas puisque l'islamophobie et la stigmatisation des musulmans de France sont devenus depuis longtemps le fond de commerce de cette "élite de gauche".</p> - <a href="http://sindibad.fr/spip.php?rubrique26" rel="directory">Résistances</a> <img src="http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L105xH150/arton296-a3bd5.jpg" alt="" align="right" width='105' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:105px;' /> <div class='rss_texte'><p>Elisabeth Badinter et la laïcité lepénisée</p> <p>30 Septembre 2011 Par Jean Baubérot</p> <p><a href='http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-bauberot/300911/elisabeth-badinter-et-la-laicite-lepenisee' class='spip_out' rel='nofollow'>http://blogs.mediapart.fr/blog/jean...</a></p> <p>Le Monde.fr a publié, jeudi 29 septembre 2011, de larges extraits d'une interview d'Elisabeth Badinter au Monde des religions. J'ai dû les relire deux fois pour être sûr qu'il n'y avait pas maldonne. Malgré tout ce qu'elle avait déjà dit et écrit, je ne pouvais penser que cette philosophe soit tombée aussi bas. Elle affirme en effet : « En dehors de Marine Le Pen, plus personne ne défend la laïcité ». Non seulement elle cautionne ainsi les propos de la leader d'extrême droite, mais elle en fait la championne par excellence de la laïcité. Selon elle, la gauche aurait « complètement abandonné ce combat », Manuels Valls (qui ne sera sans doute pas ravi de se retrouver en si mauvaise compagnie) étant, selon ses dires, l'exception qui confirme la règle.</p> <p>On croit être en plein cauchemar, vu l'influence de la philosophe. Mais malheureusement, il ne s'agit nullement d'un dérapage, encore moins d'une citation tronquée. Elisabeth Badinter donne elle-même l'explication logique de cette incroyable connivence. « Croire en Dieu, déclare-t-elle, doit rester une affaire intime. » On retrouve, en effet, une vision de la liberté de conscience analogue à celle que proclame Marine Le Pen. Cette dernière déclarait, en effet, à propos des prières de rue : « Ceux qui n'ont pas de place dans la mosquée n'ont qu'à prier chez eux » (Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, 19 décembre 2010).</p> <p>A partir de cette réduction de la religion à l'intimité, Elisabeth Badinter s'en prend aux manifestations extérieures de la religion... Enfin, pas de toutes les religions, car, dans les extraits publiés en tout cas, pas un seul mot ne critique le catholicisme. En revanche, le manger casher et la kippa des juifs, le manger hallal et les tenues trop vêtues des musulmanes, sont l'objet de sa vindicte, ainsi d'ailleurs que les protestants évangéliques, qui n'ont ni nourritures ni tenues spécifiques, mais qui « nous viennent des Etats-Unis » (ce qui, historiquement, est faux) au lieu d'être bien de chez nous.</p> <p>Madame Badinter a parfaitement le droit de détester les religions, leurs œuvres et leurs pompes. Elle peut les critiquer publiquement et de plusieurs manières tant qu'elle le veut. Mais elle a absolument tort de faire coïncider la laïcité avec sa position personnelle... et on voit jusqu'où cette très grave dérive la conduit.</p> <p>Le ver est dans le fruit dès que l'on veut réduire, au nom de la laïcité, la religion à la sphère privée, entendue comme étant la sphère « intime ». Cette position est absolument contraire à la loi de 1905 qui affirme dans son Article 1 : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées [dans la loi elle-même] dans l'intérêt de l'ordre public ».</p> <p>Pour la loi de 1905, la liberté de conscience doit si peu « rester une affaire intime » que l'Article II, qui met fin aux « cultes reconnus » (semi officiels avant 1905) et énonce le principe du non-subventionnement des religions, émet immédiatement une exception. Cet Article permet d'inscrire dans les dépenses publiques les « services d'aumônerie destinés à assurer le libre-exercice du culte dans les établissements publics, tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons ». L'armée ne tardera pas à être ajoutée à cette liste.</p> <p>Lors des débats parlementaires sur cette loi de séparation des Eglises et de l'Etat, les députés refusèrent massivement un amendement voulant interdire le port du vêtement ecclésiastique dans l'espace public. La soutane était visée car certains la considérait comme une tenue « provocante », contraire à la « liberté et à la dignité humaine », un costume prosélyte qui rendait le prêtre « prisonnier, esclave » et le séparait des autres hommes. On avait parfaitement le droit de considérer ainsi la soutane, mais pas celui d'embarquer la laïcité dans sa vision des choses. Et Aristide Briand récusa toute législation sur ce point en déclarant : « La soutane devient, dès le lendemain de la séparation, un vêtement comme les autres ». On est dans la démarche exactement inverse à celle de Madame Badinter. Celle-ci croit que les choses ont changé à la fin du XXe siècle, elle veut oublier les députés, comme l'abbé Pierre ou le chanoine Kir, qui se rendaient à l'Assemblée en soutane.</p> <p>Autre exemple : au départ, la proposition de loi de séparation maintenait les limitations du régime concordataire pour ce qui concernait les manifestations de la religion. Mais un député déclara : « Le respect de la liberté de conscience conduit au respect mutuel des croyances et non à la prohibition des manifestations extérieures du culte sur la voie publique ». Il déposa un amendement qui instaurait une liberté de manifestation religieuse dans l'espace public plus large que précédemment. L'amendement fut adopté. La laïcité a signifié une extension de la liberté.</p> <p>Je pourrais ainsi multiplier les exemples. La laïcité que prône Marine Le Pen est, en tout point, contraire à la laïcité historique. Elle est contraire à la laïcité de Jules Ferry, qui a obligé l'école publique laïque à s'arrêter un jour par semaine pour faciliter la tenue du catéchisme, à la laïcité de Briand et de Jaurès, qui a donné la loi de 1905. Madame Badinter reproche à la gauche d'émettre « l'équation suivante : défense de la laïcité égale racisme » ; mais promouvoir cette laïcité-là, dévoyée, falsifiée, c'est effectivement du racisme ou du moins de la xénophobie : quand les JMJ se sont tenues à Paris, ou lors de la venue de Benoît XVI, avec une grande messe sur le champ de Mars où assistaient maints ministres, l'extrême-droite a-t-elle crié à l'atteinte à la laïcité ? Non, et elle ne le ferait pas plus aujourd'hui qu'hier car elle tente de récupérer le catholicisme comme élément identitaire, comme racine culturelle de la Frrrance. Elle n'est pas la seule d'ailleurs : c'est une vieille idée nationaliste depuis Maurras.</p> <p>En fait, en prétendant que la laïcité consiste à réduire la religion (ou, dans les faits, certaines religions) à n'être qu'une « affaire intime », Madame Badinter part d'une ambiguïté que comporte le slogan : « La religion, affaire privée ». Ce slogan est-il laïque ? Oui et non. Oui, quand on veut dire par là que la religion n'est pas affaire d'Etat, de la puissance publique. L'appartenance à une religion relève d'un choix privé, c'est-à-dire du choix personnel de chacun. En conséquence, la religion ne doit pas être une institution publique. C'est le sens de la loi de 1905 qui abolit tout caractère officiel de la religion. Mais non, absolument non, si on signifie ainsi, et tel est le propos d'Elisabeth Badinter, que la religion doit être réduite à une réalité confinée dans la sphère intime, ne pouvant pas s'exprimer dans l'espace public. Or, aujourd'hui, certains tentent, pas seulement à l'extrême droite mais également à l'UMP, voire chez des personnes qui se veulent de gauche, de réprimer des expressions de la religion dans l'espace public. Il faut savoir que même les périodes de répression de la religion, telle la révocation de l'Edit de Nantes, ont prétendu sauvegarder la liberté de conscience dans la sphère intime, la devotio privata comme on le disait à l'époque.</p> <p>Cette clarification est essentielle pour que personne ne soit dupé par une falsification de la laïcité qui, aujourd'hui, va malheureusement de Marine Le Pen à Elisabeth Badinter. Encore une fois, cette dernière peut avoir toutes les opinions qu'elle veut, à condition de ne pas faire dire aux lois laïques le contraire de ce qu'elles disent. Car alors, elle fait exactement ce qu'elle prétend dénoncer : avoir « un mépris de la loi collective et démocratique ». Et le « combat » mené est frontalement aussi contre la Déclaration Universelle des droits de l'Homme (de l'Etre humain) qui affirme explicitement que : « Toute personne a droit (...) de manifester sa religion, individuellement ou collectivement, en public ou en privé ».</p> <p>Déclarer : « En dehors de Marine Le Pen, plus personne ne défend la laïcité », aucune personnalité connue ne l'avait jamais fait jusqu'alors. On peut donc s'indigner à bon droit. Comme citoyen je suis effectivement scandalisé. Comme historien et comme sociologue, je cherche l'explication de propos aussi aberrants. Il me semble la trouver dans l'affirmation, à la sincérité naïve, de la philosophe : « Je ne comprends pas ce besoin actuel d'exhiber une identité religieuse ».</p> <p>On peut facilement lui rétorquer que « ce besoin » est plus permanent qu'actuel. Mais peut-être effectivement, aujourd'hui, est-il plus fort qu'il y a cinquante ans, quand les politiques nous projetaient dans l'avenir au lieu de nous tenir de sempiternels discours sur nos « racines ». Quand, également, il était plus facile de croire au progrès... Les raisons ne sont pas bien difficiles à trouver... et à comprendre. Mais il faut savoir alors prendre quelque distance par rapport à ses propres déterminations sociales. Car, parmi les raisons qui induisent le « besoin » d'une identité religieuse et/ou convictionnelle forte, se trouve la volonté, au moins implicite, de lutter contre le fait d'avoir son cerveau totalement disponible pour le harcèlement publicitaire et son effacement complet du sens. Un sens, parfois durci et figé, fait face à un dévoiement marchand du sens, parfois jusqu'à être son frère ennemi. Mais il faut croire que sans doute cela s'avère bien difficile à « comprendre » quand on est engagée jusqu'au cou dans Publicis. On se situe alors tellement au cœur du système dominant, on a tellement intériorisé son fonctionnement et ses aliénations, qu'on n'est même plus capable de percevoir intellectuellement la nécessité pour les dominés d'aller chercher ailleurs.</p> <p>De cette faillite intellectuelle, de cette incapacité complète à comprendre la société dans laquelle vous vivez, je vous plains, Elisabeth Badinter. Et je nous plains aussi, car cela cause énormément de dégâts.</p></div> Il y a 29 ans : Sabra et Chatila http://sindibad.fr/spip.php?article292 http://sindibad.fr/spip.php?article292 2011-09-17T13:19:06Z text/html fr <p>Sabra et Chatila, retour sur un massacre. Un article de Pierre PEAN écrit vingt ans après les massacres.</p> - <a href="http://sindibad.fr/spip.php?rubrique26" rel="directory">Résistances</a> <img src="http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L150xH112/arton292-14cb4.jpg" alt="" align="right" width='150' height='112' class='spip_logos' style='height:112px;width:150px;' /> <div class='rss_texte'><p>Sabra et Chatila, retour sur un massacre</p> <p>Dans les territoires de Cisjordanie et de Gaza, l'armée israélienne poursuit sa politique d'occupation, de blocus des villes, de destruction des institutions civiles, de chasse aux militants, d'assassinats ciblés. Pour la première fois, elle a reconnu qu'elle utilisait des « boucliers humains » dans ses opérations, un crime de guerre selon les conventions internationales. C'est un long calvaire qui se poursuit ainsi. Le massacre de Sabra et Chatila perpétré il y a vingt ans, en septembre 1982, qui vit l'assassinat de centaines de civils dans les camps du Liban par les milices libanaises de droite, sous l'œil complice des soldats israéliens, est vécu par les Palestiniens comme une étape supplémentaire dans une histoire ponctuée de massacres et d'exactions, de Deir Yassine à l'opération « Rempart », en passant par Qibya. Pour eux, le passé, c'est encore le présent.</p> <p>Par Pierre Péan</p> <p>Vingt ans après, les mots des livres réouverts (1), comme les paroles recueillies auprès des survivants dans ce qui reste des camps de Sabra et Chatila dégoulinent de sang. Le temps n'a rien lavé. Tout au long de mon enquête, j'ai été tétanisé par ces récits qui charrient, enchevêtrés, enfants égorgés ou empalés, ventres de femmes ouverts avec leurs fœtus, têtes et membres coupés à la hache, monceaux de cadavres... Jusqu'à la nausée.</p> <p>Je ne suis pas entré dans ce qui reste des camps de Sabra et Chatila par la porte principale, mais par un quartier insalubre, en périphérie, dans lequel vivent les nouveaux arrivants, notamment d'Asie. Je débouche sur la « grande rue » qui reliait l'hôpital Gaza - aujourd'hui disparu - à l'entrée principale située près de l'ambassade du Koweït, au luxe aussi incongru que celui de la nouvelle Cité sportive toute proche, où étaient regroupés et interrogés les adultes palestiniens et libanais ayant échappé au massacre. Les gens s'y faufilent entre les boutiques, les étals de marchands de fruits, de CD, de produits neufs et usagés, entre les voitures et les scooters...</p> <p>Comment choisir entre tous les témoins directs ou indirects des massacres qui, sans hausser la voix, font revivre pour moi les scènes d'horreur de la mi-septembre 1982 ?</p> <p>Mme Oum Chawki, 52 ans, a perdu dix-sept personnes de sa famille, dont un fils de 12 ans et son mari. Elle habitait dans le quartier de Bir Hassan, près de l'ambassade du Koweït. Après les massacres, elle s'est installée, avec ses douze enfants restants, dans la rue principale de Chatila. Elle vit au quatrième étage d'un bâtiment construit selon des règles d'architecture approximatives. L'intérieur est propre, des bouquets de fleurs artificielles complètent les couleurs des fauteuils et des reproductions collées ou accrochées au mur - Al Qods (Jérusalem) et le drapeau du Hamas. Même si elle n'appartient pas à cette organisation : « Je n'adhère à rien. Je ne m'engagerai que lorsque je serais sûre du résultat. » Et ses enfants ? « Je ne veux pas qu'ils se sacrifient pour rien, mais le jour où je serai sûre d'assouvir ma vengeance, je les encouragerai et je serai avec eux... » Chaque jour et chaque nuit, elle revoit les images de cadavres, de gens mutilés, de son fils et de son mari qu'elle n'a jamais revus et dont elle ne sait rien. Les couleurs du salon n'arrivent pas à atténuer le noir de sa robe, de ses cheveux et de ses yeux. Mme Oum Chawki ne sourit pas et s'enflamme sans élever la voix quand elle revit la deuxième tragédie de sa famille (la première ayant été le départ en 1948 de Tarshiha, un village près de Haïfa).</p> <p><img src="http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif" width='8' height='11' class='puce' alt="-" style='height:11px;width:8px;' /> On a frappé à la porte de la maison. Quelqu'un a dit : « Nous sommes libanais, nous venons faire une perquisition pour chercher des armes... » Mon mari a ouvert la porte, pas spécialement inquiet, car il n'appartenait à aucune organisation combattante. Il travaillait au club de golf, près de l'aéroport.</p> <p>Mme Chawki parle ensuite des trois soldats israéliens et d'un militaire des Forces libanaises, les milices chrétiennes de droite, qui sont entrés dans la maison, ont pris les bracelets de sa fille et arraché ses boucles d'oreille - elle montre le lobe déchiré d'une de ses oreilles - et les ont frappés. Elle est certaine que ces soldats venaient d'Israël.</p> <p><img src="http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif" width='8' height='11' class='puce' alt="-" style='height:11px;width:8px;' /> Leurs uniformes étaient différents de ceux des Forces libanaises et ils ne parlaient pas en arabe. Je ne sais pas si c'était de l'hébreu, mais je suis sûre que c'étaient des Israéliens.</p> <p>Ce n'est pas impossible, car le quartier de Bir Hassan, hors du périmètre des camps, était occupé par l'armée israélienne. Comme d'autres familles palestiniennes, celle d'Oum Chawki avait été transportée à l'intérieur des camps.</p> <p><img src="http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif" width='8' height='11' class='puce' alt="-" style='height:11px;width:8px;' /> On nous a fait monter dans une camionnette, qui a roulé vers l'entrée du camp de Chatila. Les militaires ont séparé les hommes des femmes et des enfants. Le Libanais a pris les papiers de trois de nos cousins avant de les abattre devant nous. Mon mari, mon fils et d'autres cousins ont été emmenés par les Israéliens. <span class='spip_document_183 spip_documents spip_documents_center'> <img src='http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L493xH347/jpg_sabra-03-6f265.jpg' width='493' height='347' alt="" style='height:347px;width:493px;' /></span></p> <p>Les femmes et les enfants sont partis à pied vers la Cité sportive. Sur le bord de la route, des femmes criaient, pleuraient, affirmant que tous les hommes avaient été tués... Le soir, dans la pagaille, Mme Chawki s'est enfuie avec ses enfants vers le quartier de la caserne El Hélou. Au petit matin, elle a laissé ses enfants dans une école avant de repartir à pied vers la Cité sportive pour s'enquérir du sort de son mari et de son fils. Elle n'a pas pu parler à l'un des officiers israéliens présents. Elle a entendu des ordres donnés en arabe pour que les hommes fassent tamponner leurs cartes d'identité, et vu un camion israélien plein d'adultes et de jeunes gens. Une femme en sanglots, qui a perdu toute sa famille, lui a montré l'endroit où étaient déversés les cadavres. Les deux femmes ont alors marché vers le quartier d'Orsal et enjambé des morts libanais, syriens et palestiniens. Mme Chawki dit en avoir vu des centaines. C'est effectivement le quartier d'Orsal qui a compté le plus de victimes. <br /><img src="http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif" width='8' height='11' class='puce' alt="-" style='height:11px;width:8px;' /> Ils étaient méconnaissables. Visages déformés, gonflés... J'ai vu vingt-huit corps d'une même famille libanaise, dont deux femmes éventrées... J'essayais de repérer les vêtements de mon fils et de mon mari. J'ai cherché toute la journée. Je suis revenue encore le lendemain... Je n'ai reconnu aucun cadavre de gens de Bir Hassan.</p> <p>Mme Chawki a vu des soldats libanais creuser des fosses pour y pousser les cadavres... Elle n'a jamais retrouvé ceux de son mari et de son fils. Elle aborde plus difficilement le cas de sa fille qui a été violée...</p> <p><img src="http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif" width='8' height='11' class='puce' alt="-" style='height:11px;width:8px;' /> Je pense à tout cela nuit et jour. J'ai élevé seule mes enfants... J'ai été obligée de mendier. Je n'oublierai jamais. Je veux venger tout cela. Mon cœur est comme la couleur de ma robe. Je transmettrai ce que j'ai vu à mes enfants, à mes petits-enfants...</p> <p>Sous les injures</p> <p>Après avoir circulé dans un incroyable dédale de toutes petites ruelles, où pendent partout des fils électriques, où courent au sol des canalisations d'eau, j'arrive enfin dans un local de trois ou quatre bureaux. Dans l'un d'eux, tout au fond, Mme Siham Balkis, présidente de l'Association du retour, est assise, droite, derrière un petit bureau. Egalement assis autour de la pièce, un responsable palestinien et deux autres survivants. Mme Balkis, la quarantaine, est une militante engagée et déterminée. Sa famille est originaire de Kabé, dans la province d'Akka, en Israël. Elle commence son récit recto tono.</p> <p><span class='spip_document_182 spip_documents spip_documents_center'> <img src='http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L410xH295/jpg_sabra-02-2-d9d5b.jpg' width='410' height='295' alt="" style='height:295px;width:410px;' /></span> <br /><img src="http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif" width='8' height='11' class='puce' alt="-" style='height:11px;width:8px;' /> Le massacre a commencé le jeudi soir vers 17 h 30. Nous n'y avons pas cru... Nous sommes restés à l'intérieur de notre maison jusqu'au samedi matin et n'avons pas su grand-chose, sinon que, jeudi et vendredi, un petit groupe de Palestiniens et de Libanais ont essayé de se défendre, mais ils n'étaient pas assez nombreux et n'avaient pas assez de munitions. Nous avons vu, la nuit, des fusées éclairantes et entendu des coups de feu. Nous croyions que les Israéliens voulaient seulement s'en prendre aux combattants et trouver leurs armes... Quand tout est redevenu calme, le samedi matin, nous sommes montés sur le balcon et avons aperçu un groupe des Forces libanaises (FL) accompagné d'un officier israélien. Les Libanais nous ont crié de sortir. Ce que nous avons fait, sous les injures. L'Israélien avait un talkie-walkie. Un des Libanais le lui a pris et a dit : « Nous sommes arrivés à la fin de la zone cible. » Mme Balkis est sûre qu'il s'agissait d'un Israélien car, dit-elle, il avait un badge en hébreu et n'avait pas un visage d'arabe. Il parlait avec les Libanais en français.</p> <p>Avec d'autres elle a été emmenée vers l'hôpital Gaza. Leurs accompagnateurs ont rassemblé les médecins étrangers et les gens qui s'étaient abrités dans et autour de l'hôpital.</p> <p><img src="http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif" width='8' height='11' class='puce' alt="-" style='height:11px;width:8px;' /> Ils ont tué une dizaine de combattants. Ils ont repéré un jeune Palestinien qui avait revêtu une blouse blanche au milieu des médecins et infirmiers et ils l'ont tué. Quand tout le monde a été rassemblé - des centaines de personnes -, nous sommes partis vers l'ambassade du Koweït. Il y avait beaucoup de cadavres dans les rues. Des jeunes filles avec les poings liés. Des maisons détruites. Des chars, probablement israéliens. Les restes d'un bébé incrustés dans les chenilles de l'un d'entre eux. Avant d'arriver à la Cité sportive, les hommes ont été séparés. Des militaires demandaient aux jeunes gens de ramper. Ceux qui rampaient bien étaient considérés comme des combattants et abattus par des militaires des Forces libanaises. Les autres recevaient des coups de pied... J'ai vu Saad Haddad (2) avec d'autres devant l'ambassade du Koweït. Puis, en arrivant près de la Cité sportive, un grand nombre de soldats israéliens. Un colonel israélien a dit que les femmes et les enfants pouvaient rentrer chez eux. Plus tard, j'ai aperçu mon frère monter dans une Jeep alors que d'autres montaient dans des camions. J'ai couru vers lui. En vain. J'ai entendu un officier dire en arabe : « On va vous livrer aux FL. Ils sauront mieux vous faire parler que nous. »</p> <p>Tous les témoins racontent grosso modo les mêmes histoires, les mêmes horreurs. J'ai ainsi rencontré Mme Kemla Mhanna, une épicière libanaise du quartier Orsal :</p> <p><img src="http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif" width='8' height='11' class='puce' alt="-" style='height:11px;width:8px;' /> Tous les gens de notre quartier qui sont restés ont été assassinés. En majorité des Libanais. Quand je suis revenue, un monceau de corps étaient empilés. A côté de chez moi, un Palestinien était accroché à un croc de boucher, découpé en deux comme un mouton. J'ai vu comment, dans la grande fosse, on a déposé une première couche de cadavres sur laquelle on a étalé du sable, puis on a remis une couche de cadavres et ainsi de suite... J'ai vu aussi un autre Libanais du quartier Orsal, Hamad Chamas, un des rares survivants du massacre de ce quartier. Il était dans un abri quand sont arrivés deux Israéliens dans une Jeep et sept ou huit soldats. Je suis sûre que ces soldats étaient israéliens car il portaient des uniformes israéliens et ne parlaient pas un arabe correct. Les soldats nous ont demandé de sortir de l'abri en nous injuriant. Ils m'ont donné l'ordre de déposer l'enfant que j'avais dans les bras et de me mettre en rang avec les autres. L'un d'entre eux, qui parlait bien arabe, a fouillé tout le monde et a pris l'argent d'un des hommes, puis ils ont tous tiré sur nous. J'étais seulement blessée à la tête et à la cuisse, sous une pile de cadavres. Il y a eu vingt-trois morts... Je me suis cachée dans un abri toute la nuit. Au petit matin, il y avait une forte odeur de cadavres partout.</p> <p>La loi de la mémoire</p> <p>Rien de nouveau dans ces témoignages. Ils ressemblent à ceux que Mme Leïla Shahid, déléguée générale de la Palestine en France, une des premières à visiter les camps après les massacres, a recueillis seule ou avec Jean Genet. Ils sont - aux accidents de la mémoire près - également conformes à ceux des membres (anglais, norvégiens, suédois, finlandais, allemands, irlandais et américains) de l'équipe médicale de l'hôpital Gaza et à ceux qu'ont enregistrés de nombreux journalistes après les massacres.</p> <p>Elias Khoury, écrivain libanais et homme de théâtre renommé (3), raconte avec passion le combat impossible pour la mémoire du peuple palestinien en général et pour les massacres de Sabra et Chatila en particulier. <br /><img src="http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif" width='8' height='11' class='puce' alt="-" style='height:11px;width:8px;' /> La loi de la mémoire ne fonctionne pas chez les Palestiniens, car les massacres continuent : Deir Yassine, Qibya (4), Sabra et Chatila, et aujourd'hui Jénine. Il leur est impossible de regarder le passé puisque le passé, c'est encore le présent. Ils sont depuis 1948 dans un mécanisme infernal... Les Palestiniens sont victimes de l'instrumentalisation de la Shoah par le gouvernement israélien. Les normes éthiques s'arrêtent aux frontières d'Israël. Dans ce contexte, l'idée même de la tragédie de Sabra et Chatila devient marginale...</p> <p>D'autant qu'au Liban la question est taboue : le premier accusé était Elie Hobeika (5), qui a été ministre du gouvernement...</p> <p><img src="http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif" width='8' height='11' class='puce' alt="-" style='height:11px;width:8px;' /> Les criminels ont pris le pouvoir après la guerre, poursuit Elias Khoury. De plus, les Palestiniens sont devenus les boucs émissaires de la guerre au Liban et ils sont régis dans ce pays par des lois qui n'ont rien à envier à celles de Vichy à l'égard des juifs. Même les chiffres de morts et de disparus demeurent dans le plus grand flou. Ils varient, selon les estimations, de 500 à 5 000. Une historienne, Mme Bayan Hout, essaie depuis vingt ans de combler cette lacune. Née à Jérusalem, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 9 ans, professeure à l'université de Beyrouth, cette Libanaise a fait un travail de fourmi auprès des familles des victimes et disparus, analysé des centaines de questionnaires, croisé les listes des organisations humanitaires, de la Croix-Rouge, essayé de retrouver tous les cimetières... Elle est maintenant sûre de ses chiffres : 906 tués de 12 nationalités, dont la moitié de Palestiniens... et 484 disparus, dont 100 ont été sûrement enlevés. Soit un chiffre global de 1 490 victimes identifiées. Ces massacres et ces disparitions s'inscrivent dans le contexte de la guerre lancée par le gouvernement israélien le 6 juin 1982 pour obtenir la neutralisation de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). L'invasion du Liban a coûté la vie à plus de 12 000 civils, fait quelque 30 000 blessés et a laissé 200 000 personnes sans abri.</p> <p>Mi-juin 1982, les Israéliens ont commencé le siège de Beyrouth et encerclé les 15 000 combattants de l'OLP et de ses alliés libanais et syriens. Le président des Etats-Unis, M. Ronald Reagan, a envoyé, début juillet, M. Philip Habib - assisté de M. Morris Draper - pour résoudre cette crise risquant d'embraser le Proche-Orient et de menacer les intérêts américains. Il s'avère rapidement que le règlement de la crise passe par le départ des combattants palestiniens et de M. Yasser Arafat de Beyrouth. Ce dernier est bientôt convaincu qu'il n'a pas d'autre solution.</p> <p>Les négociations vont être compliquées parce que les Israéliens et les Américains ne veulent pas discuter directement avec les Palestiniens (6) : Elias Sarkis, le président chrétien du Liban, et son premier ministre sunnite, Chafiq Wazzan, vont servir d'intermédiaires. Parce que les Israéliens vont poursuivre une pression militaire brutale et exiger de M. Arafat une reddition totale et honteuse.</p> <p>Celui-ci multiplie les offres et cherche à obtenir des garanties de sécurité pour les familles palestiniennes qui resteront au Liban. Il craint les exactions des soldats israéliens ou de leurs alliés phalangistes. Pour M. Arafat, ces garanties ne peuvent être qu'américaines et internationales. M. Habib obtient finalement l'assurance du premier ministre israélien que ses soldats n'entreront pas dans Beyrouth-Ouest et ne s'attaqueront pas aux Palestiniens des camps ; l'assurance du futur président libanais, Béchir Gemayel, que les phalangistes ne bougeront pas ; l'assurance du Pentagone que les marines seront les garants ultimes de ces engagements. Fort de ces promesses, le représentant de M. Reagan s'engage par écrit sur la sécurité des civils. Deux lettres sont ainsi adressées au premier ministre libanais. Cet engagement américain se retrouvera dans la quatrième clause de l'accord du départ de l'OLP, publié par les Etats-Unis le 20 août, c'est-à-dire à la veille de l'embarquement des premiers combattants palestiniens (7).</p> <p>Pourtant, M. Arafat est de plus en plus inquiet du sort des civils palestiniens. M. Habib (8) entreprend une nouvelle démarche auprès de Béchir Gemayel, qui renouvelle ses promesses. Il insiste sur le rôle de la force multinationale composée de 800 Français, 500 Italiens et 800 Américains. Le premier contingent - français - arrive le 21 août et doit assurer l'évacuation et la collecte des armes. Cette force doit rester une trentaine de jours, empêcher tout dérapage et protéger les familles palestiniennes. Finalement, M. Arafat accepte de quitter Beyrouth... Mais personne ne respectera sa parole. A commencer par le gouvernement américain. M. Caspar Weinberger, secrétaire à la défense, donnera l'ordre à ses marines de quitter le Liban alors même que les milices chrétiennes prennent position, le 3 septembre, dans le quartier Bir Hassan, en bordure des camps de Sabra et Chatila. Le départ des Américains entraîne automatiquement celui des Français et des Italiens. Le 10 septembre, le dernier soldat est parti de Beyrouth, alors que M. Habib avait fondé son plan sur une évacuation entre le 21 et le 26 septembre. Le 14 septembre, Bechir Gemayel, le nouveau président libanais porté au pouvoir par les Israéliens, est assassiné. M. Ariel Sharon prend ce prétexte pour envahir Beyrouth-Ouest, pour cerner les camps de Sabra et Chatila et encourager les milices libanaises à les nettoyer.</p> <p>Une « responsabilité personnelle »</p> <p>A ce jour, une seule enquête officielle a été menée, celle de la commission israélienne dirigée par Itzhak Kahane, le chef de la Cour suprême, rendue publique en février 1983. Elle charge les phalangistes et, dans une moindre mesure, M. Ariel Sharon. Le rapport parle d'abord d'une grave erreur de celui-ci, qui n'a « pris aucune mesure pour surveiller et empêcher les massacres ». Il se dit « perplexe » sur l'attitude de M. Sharon qui n'a pas prévenu Menahem Begin de sa décision de faire entrer les phalangistes dans les camps. Pour finir, il lui reconnaît la « responsabilité de n'avoir pas ordonné que les mesures adéquates soient prises pour empêcher d'éventuels massacres ». M. Sharon porte une « responsabilité personnelle » et « doit en tirer les conclusions personnelles ».</p> <p>Les journaux israéliens ont publié - en 1994 notamment - de nombreux articles confirmant et amplifiant ces conclusions. Ainsi, Amir Oren, à partir de documents officiels, a, dans Davar du 1er juillet 1994, affirmé que les massacres faisaient partie d'un plan décidé entre M. Ariel Sharon et Béchir Gemayel, qui utilisèrent les services secrets israéliens, dirigés alors par Abraham Shalom, qui avait reçu l'ordre d'exterminer tous les terroristes. Les milices libanaises n'étaient rien moins que des agents dans la ligne de commandement qui conduisait, via les services, aux autorités israéliennes. L'émission « Panorama », intitulée L'Accusé, qui est passée sur la BBC le 17 juin 2001, a fait progresser la connaissance, notamment grâce au témoignage, difficilement contestable, de M. Morris Draper, l'assistant de M. Habib. Au rappel des affirmations de M. Sharon qu'il ne pouvait prévoir ce qui est arrivé dans les camps, M.Draper s'est contenté de faire un bref commentaire : « Complètement absurde. » Il a raconté sa rencontre, à Tel-Aviv, au ministère de la défense, avec MM. Sharon et Yaron, son chef d'état-major, le jeudi, alors que les Israéliens étaient déjà entrés dans Beyrouth-Ouest malgré leur promesse. M. Amos Yaron a justifié cette décision par la volonté d'empêcher les phalangistes de se retourner contre les Palestiniens après l'assassinat du président Béchir Gemayel. « Notre groupe d'une vingtaine de personnes resta silencieux. Ce fut un moment dramatique. » Précisant que les Etats-Unis avaient refusé la proposition israélienne de déployer les phalangistes dans Beyrouth-Ouest « parce que nous savions que ce serait un massacre si ces gens-là entraient », il ajoute : « Il ne fait aucun doute que Sharon est responsable [des massacres] ; c'est le cas même si d'autres Israéliens doivent partager cette responsabilité. »</p> <p>L'ancien diplomate américain n'a pas été interrogé sur les responsabilités américaines ni sur celles de l'Italie et de la France, qui ont retiré leurs soldats après le départ des marines...</p> <p>Vingt ans après, les familles des victimes et des disparus des camps de Sabra et Chatila ont droit à la vérité. Pour pouvoir faire enfin le deuil. Cela ne concerne pas que les familles. Tout le monde a le droit de savoir pourquoi, comment et qui a organisé et exécuté des actes d'une telle sauvagerie.</p> <p>Pierre Péan.</p> <p>Précision (15 mai 2008)</p> <p>Cette enquête invoque — parmi de très nombreux témoignages et documents — un article du journaliste israélien Amir Oren, paru dans le quotidien israélien Davar le 1er juillet 1994. Selon Pierre Péan, Oren — qu'il ne cite pas mais dont il résume le propos —, aurait « affirmé que les massacres faisaient partie d'un plan décidé entre M. Ariel Sharon et Béchir Gemayel, qui utilisèrent les services secrets israéliens, dirigés alors par Abraham Shalom, qui avait reçu l'ordre d'exterminer tous les terroristes. Les milices libanaises n'étaient rien moins que des agents dans la ligne de commandement qui conduisait, via les services, aux autorités israéliennes ».</p> <p>Vingt ans plus tard, Amir Oren affirme : « Je n'ai jamais écrit les mots que Péan m'attribue. » (L'Arche, décembre 2007-janvier 2008.) Vérification faite, à partir d'une traduction complète de l'article en question réalisée par notre collaboratrice et traductrice Rita Sabah, aucune phrase de l'article ne permet en effet d'écrire que « les massacres faisaient partie d'un plan décidé entre M. Ariel Sharon et Béchir Gemayel ». Oren y souligne, en revanche, le caractère étroit et opérationnel de l'alliance conclue, à l'époque des événements, entre Ariel Sharon et Bachir Gemayel. S'il exclut que le ministre israélien de la défense ait convenu avec le chef phalangiste de massacrer les civils de Sabra et Chatila, il suggère que, connaissant les pratiques courantes de ses alliés, il a pris sciemment le risque d'une tuerie :</p> <p>« Les documents de la guerre du Liban regorgent de preuves soutenant les conclusions générales de la commission Kahane, une vertu pour convaincre des idiots et des jurés mais pas n'importe quel juge. Ici, un des dirigeants phalangistes dit aux représentants du “Mossad” que l'appareil d'Eli Hobeika [le chef des Forces libanaises] “va s'occuper de l'affaire” avant même la véritable réunification de Beyrouth et il apprend de Nahum Admoni, directeur adjoint du Mossad jusqu'à début septembre et directeur du Mossad au moment des massacres, que “avec les Palestiniens, il ne faut pas agir avec la générosité des vainqueurs”. Là, Bachir Gemayel [le chef des Phalanges élu président le 23 août 1982 et assassiné le 14 septembre] raconte à Raphaël Eytan que “nous préparons un festival avec le départ d'Arafat de Beyrouth” et entend de Rafoul [le chef d'état-major israélien Raphaël Eytan] une promesse qui se traduit par l'inverse après douze ans : “Nous le retrouverons” (des visites mystérieuses des équipes israéliennes “Gama” et “Kaslik” chez les Phalangistes n'ont servi à rien ici). Ici, Bachir reproche au commandant de région Amir Drori et au brigadier-général Amos Yaron que leurs forces font des bêtises en désarmant les phalangistes dans la zone d'Aley, le lieu d'affrontement avec les Druzes, parce que “si vous désarmez mes hommes à Aley, on récupérera les armes de Rafoul (...) d'une manière ou d'une autre”.</p> <p> » Le soir de son assassinat, Bachir a dit à Sharon, déçu par la lenteur et la fainéantise, que l'armée du Liban — qui a refusé d'obéir à ses ordres avant sa nomination en tant que président — “aura besoin d'un mois pour faire sortir les centaines d'hommes de l'OLP restés à Beyrouth après l'évacuation”. Sans Bachir, et par conséquent, sans l'armée libanaise paresseuse, la réactivation des services de renseignements a été programmée, sous le commandement d'“Avrum” Shalom, pour “éliminer les terroristes qui se trouvent dans Beyrouth, nos services courent après eux, ceux qu'ils élimineront - ils les élimineront, ceux qui seront arrêtés seront arrêtés, et ceux qui seront emprisonnés seront emprisonnés”, a dit Sharon lors d'une réunion gouvernementale où il a précisé : “On vient de nous annoncer qu'une importante unité de phalangistes est rentrée dans les camps de Sabra et Chatila et qu'elle les peigne”. Et en réponse à la question d'un des ministres : “Non, c'est une information qui vient de chez nous, ça se saura de toutes façons. Les résultats parleront d'eux-mêmes. De Sabra, ils iront dans un autre [camp]. Par conséquent, donnez-nous les jours nécessaires pour les infrastructures des terroristes”.</p> <p> » On peut se demander comment le prophète Ariel a prévu que de Sabra les phalangistes se rendraient dans un autre camp, mais il n'y a rien dans cela — et dans le sentiment clair qui ressort des documents que les chefs des services de défense en Israël connaissaient bien le caractère meurtrier de leurs partenaires au Liban et savaient que l'appareil de Hobeika “a éliminé“ ou “a fait disparaître“ 500 ou 1200 personnes dans divers événements dans les mois précédant la guerre — il n'y a rien dans cela qui démontre un lien avec le massacre des bébés, des femmes et des civils dans cet événement spécifique. Ce qui a présidé à la mise à l'écart de Sharon et aux mesures prises contre Rafoul et d'autres officiers, c'est la justice plutôt que la loi ; personne ne s'est entendu avec Bachir qu'après son assassinat, une vengeance serait commise dans un lieu et à un moment précis. »</p> <p>Pierre Péan</p> <p> (1) Les principaux livres sur les massacres de Sabra et Chatila consultés : Rapport de la commission Kahane, Stock, 1983 ; Sabra et Chatila, enquête sur un massacre, d'Amnon Kapeliouk, Seuil, 1982 ; Israël, de la terreur au massacre d'Etat, d'Ilan Halevi, Papyrus, 1984 ; Genet à Chatila, textes réunis par Jérôme Hankins, Babel, 1992 ; Opération boule de neige, de Shimon Shiffer, J.-C.Lattès., 1984 ; Revue d'études palestiniennes, nos 6 et 8.</p> <p>(2) Le patron de l'Armée du Liban sud qui travaillait avec les Israéliens.</p> <p>(3) Lire notamment Les Portes du soleil, publié par Le Monde diplomatique et Actes Sud, qui raconte cinquante ans du drame palestinien. Sa pièce Les Mémoires de Job a eu beaucoup de succès à Paris.</p> <p>(4) Deir Yassine est un petit village situé à une dizaine de kilomètres de Jérusalem, où ont été massacrés plus de cent villageois au printemps 1948. A Qibya, en Cisjordanie, en octobre 1953, lors d'opérations de représailles dirigées par Ariel Sharon, l'armée israélienne fit exploser quarante-cinq maisons avec leurs habitants. Soixante-neuf personnes, pour moitié des femmes et des enfants, périrent sous les décombres.</p> <p>(5) Elie Hobeika est considéré comme le principal bourreau de Sabra et Chatila. Il a été assassiné le 24 janvier 2002 à Beyrouth, alors qu'il s'apprêtait à venir témoigner à Bruxelles. Selon Me Chebli Mallat, l'avocat libanais des plaignants, ce ne sont pas les révélations de Hobeika qui étaient dangereuses pour M. Sharon, mais sa simple venue à Bruxelles. Dès lors qu'il était devant le tribunal et obligatoirement inculpé, le problème de la compétence du tribunal ne se posait plus.</p> <p>(6) Pourtant, des discussions directes mais discrètes existaient depuis des années à Beyrouth entre des dirigeants palestiniens et l'ambassade américaine ainsi qu'avec la CIA. En 1979, par exemple, M. Arafat a réussi à faire libérer 13 otages américains à Téhéran.</p> <p>(7) In American Foreign Policy, Current Documents, 1982, département d'Etat, Washington. « Les Palestiniens non combattants, respectueux de la loi, restés à Beyrouth, y compris les familles de ceux qui sont partis, seront soumis aux lois et aux règlements libanais. Le gouvernement libanais et les Etats-Unis leur apporteront les garanties de sécurité appropriées. (...) Les Etats-Unis fourniront leurs garanties sur la base des assurances reçues des groupes libanais avec lesquels ils sont en contact. »</p> <p>(8) Sur l'histoire des négociations menées par M. Habib, lire Cursed is the Peacemaker, de John Boykin, préfacé par George Shultz, alors secrétaire d'Etat, Applegate Press, Washington, 2002, et The Multinational Force in Beirut 1982-1984, sous la direction d'Anthony McDermott et Kjell Skjelsbaek, Florida International University, Miami, 1991.</p></div> L'ambassadeur d'Israël chassé par le peuple égyptien http://sindibad.fr/spip.php?article289 http://sindibad.fr/spip.php?article289 2011-09-09T23:52:56Z text/html fr Sindibad L'ambassadeur d'Israël chassé par le peuple égyptien Depuis le massacre de 5 policiers égyptiens par l'armée israélienne, les manifestations en Egypte se multiplient pour exiger le renvoi du Caire du représentant des criminels de guerre israéliens. Les manifestations sont devenues quasi-quotidiennes devant l'ambassade ultra-protégée d'Israël au Caire. L'armée au pouvoir en Egypte, poursuivant la collaboration avec les occupants israéliens avait refusé jusqu'à présent de répondre aux aspirations du peuple (...) - <a href="http://sindibad.fr/spip.php?rubrique26" rel="directory">Résistances</a> <img src="http://sindibad.fr/local/cache-vignettes/L150xH120/arton289-51091.jpg" alt="" align="right" width='150' height='120' class='spip_logos' style='height:120px;width:150px;' /> <div class='rss_texte'><p>L'ambassadeur d'Israël chassé par le peuple égyptien</p> <p>Depuis le massacre de 5 policiers égyptiens par l'armée israélienne, les manifestations en Egypte se multiplient pour exiger le renvoi du Caire du représentant des criminels de guerre israéliens. Les manifestations sont devenues quasi-quotidiennes devant l'ambassade ultra-protégée d'Israël au Caire. L'armée au pouvoir en Egypte, poursuivant la collaboration avec les occupants israéliens avait refusé jusqu'à présent de répondre aux aspirations du peuple égyptien qui souhaitait en chassant MOUBARK du pouvoir, pas seulement mettre fin à la dictature et aux injustices sociales, mais également à des années d'humiliations que le pouvoir égyptien sous le dictat américain faisait subir au peuple égyptien en collaborant avec les criminels sionistes contre les intérêts de leurs frères palestiniens.</p> <p>Hier, les manifestants égyptiens ont d'abord commencé à détruire le mur que l'armée a honteusement construit récemment devant l'immeuble de l'ambassade israélienne pour mieux la protéger. Les manifestants ont ensuite réussi à s'introduire dans l'ambassade qui était déjà vidé par ses occupants, puisque l'ambassadeur et sa famille étaient déjà en fuite vers Tel-Aviv.</p> <p>L'armée égyptienne a violemment réprimé la manifestation : un mort au moins et plus de 450 blessé. La pression américaine et israélienne sur l'armée égyptienne est telle que les militaires au pouvoir n'hésitent pas à tirer sur leur propre peuple pour protéger les intérêts israéliens.</p> <p>Vidéo à voir <a href='http://www.youtube.com/watch?v=UU3hO0c5XjI&feature=related' class='spip_out'>ici</a></p></div>